03 Apr 2026
Malec Paoli-Devictor
Analyste environnemental et journaliste
Le treizième jour de Farvardin — premier mois du calendrier iranien marquant le début du printemps et correspondant généralement aux premiers jours d’avril — est connu en Iran sous le nom de Journée de la nature. Il s’agit d’une tradition profondément ancrée, au cours de laquelle les habitants quittent leurs maisons pour passer la journée en plein air, dans les parcs, les forêts ou au bord des rivières, célébrant ainsi la fin des festivités du Nouvel An persan (Nowruz).
Depuis des siècles, cette journée symbolise un retour collectif à la nature — un moment d’harmonie entre l’être humain et le monde naturel. Familles et amis se réunissent dans des espaces ouverts, partagent des repas simples, jouent et réaffirment une valeur culturelle transmise de génération en génération : le respect de l’environnement et le renouveau de la vie au printemps.
Dans les croyances anciennes, cette journée était associée à la joie, à la purification et à l’éloignement des peines. Passer du temps dans la nature ce jour-là était perçu comme un moyen de renforcer le lien entre l’homme et la terre. Malgré les transformations du temps, cette tradition a été remarquablement préservée, demeurant à la fois un rituel social et une expression culturelle d’une conscience écologique ancienne.
Dès les premières heures de la matinée, les espaces publics à travers le pays — parcs, espaces verts, rives des rivières et zones rurales — se remplissent de familles. Cette présence collective dans la nature reflète non seulement un moment de célébration, mais aussi une forme de respect profondément enracinée envers l’environnement.

Parcs, espaces verts, rives des rivières et zones rurales se remplissent de familles. photo: ISNA
Ces dernières années, avec la montée des préoccupations écologiques, la Journée de la nature a également pris une dimension plus explicitement environnementale. Des organisations écologistes, des municipalités et des militants appellent les citoyens à protéger les espaces naturels, à réduire les déchets et à adopter des comportements plus durables.
Une célébration sous l’ombre de la guerre
Cette année, toutefois, la Journée de la nature s’est déroulée dans un contexte de guerre.
De nombreuses familles iraniennes ont marqué cette journée en l’absence de proches perdus dans le conflit récent. Dans certaines villes, des parcs et lieux de loisirs — habituellement au cœur des célébrations — ont été endommagés ou détruits par des frappes attribuées aux États-Unis et à Israël. Malgré cela, la tradition n’a pas été abandonnée.
Les habitants ont continué à se rendre dans la nature, parfois dans des conditions réduites ou transformées. Cette persistance témoigne d’une continuité culturelle profonde : une mémoire collective suffisamment forte pour résister même à la violence. Dans certains cas tragiques, des rassemblements en plein air ont eux-mêmes été pris pour cible, causant des victimes civiles.
Ainsi, lors de l’attaque menée le 2 avril contre le plus grand pont routier de Karaj, à l’ouest de la capitale, huit Iraniens qui s’étaient réunis dans l’espace naturel situé sous le pont pour célébrer la Journée de la nature ont été tués, et plus de 95 autres ont été blessés.
Malgré ces drames, le geste de se rendre dans la nature demeure, pour beaucoup, une forme de résistance.

Lors de l’attaque menée le 2 avril par les États-Unis contre le plus grand pont routier de Karaj, à l’ouest de la capitale, huit Iraniens qui s’étaient rassemblés dans l’espace naturel situé sous le pont pour célébrer la Journée de la nature ont été tués, et plus de 95 autres ont été blessés.
La nature comme forme de résistance
Dans un message publié à cette occasion, Mojtaba Khamenei a présenté la protection de l’environnement comme un devoir national et une réponse à la destruction causée par la guerre.
« Maintenant que l’ennemi américain et sioniste, vil et impitoyable, ne reconnaît aucune limite humaine, morale ou vitale dans sa brutalité et qu’il a même attaqué et endommagé les espaces naturels et environnementaux de notre chère patrie, tout effort visant à développer le pays et à construire un avenir brillant pour l’Iran constitue un acte digne et nécessaire. »
Il a également appelé à une mobilisation collective en faveur de l’environnement :
« Parmi ces actions louables, il convient que l’ensemble du peuple, dans toutes les villes et tous les villages, avec entraide et en coopération avec les institutions concernées, entreprenne — de la Journée de la nature jusqu’à la fin du printemps, en particulier durant le mois de Farvardin — la plantation d’arbres fruitiers ainsi que les soins nécessaires à leur entretien. »
Ces propos reflètent une vision dans laquelle la protection de la nature ne constitue pas une priorité secondaire en temps de crise, mais un élément essentiel de la résilience collective.
Entre destruction et continuité
La Journée de la nature marque traditionnellement la fin des célébrations du Nowruz et le retour à la vie quotidienne. Pourtant, sa portée émotionnelle dépasse largement cette transition. Les souvenirs de ces moments partagés en plein air — faits de simplicité, de renouveau et de lien avec la nature — demeurent longtemps dans les esprits.
Cette année, ces souvenirs prennent une signification particulière.
À une époque marquée par la guerre, les pertes humaines et les destructions environnementales, la continuité de cette tradition met en lumière une tension profonde : celle qui oppose les forces de destruction à un attachement culturel durable à la vie, à la nature et au renouveau.
Ainsi, la Journée de la nature en Iran n’est plus seulement une célébration du printemps. Elle devient, en temps de guerre, une affirmation silencieuse mais puissante : même sous la menace, le lien entre les êtres humains et la nature peut perdurer.
Comment
Reply