Guerre

25 Apr 2026

Guerres et oubli d'un foyer

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Sarah Rahman

Activiste

L'Europe, de son côté, reste prisonnière de son inaction stratégique. Malgré les discours sur l'autonomie, l'Union européenne demeure fragmentée. Son incapacité à parler d'une seule voix sur le conflit iranien ou sur la tragédie de Gaza montre une dépendance persistante aux décisions de Washington.

En cette année 2026, le paysage géopolitique mondial est marqué par une fragmentation sans précédent. Entre l’escalade technologique et l'épuisement des ressources, la guerre n'est plus seulement un affrontement d'armées, mais une catastrophe multidimensionnelle.

État des lieux : Une planète en conflagration

Le nombre de conflits armés a connu une recrudescence marquée au cours des cinq dernières années. En 2026, on recense environ 56 conflits actifs à travers le globe, allant de guerres civiles prolongées à des affrontements interétatiques de haute intensité :

  • Afrique : Premier foyer de tensions avec 24 conflits. Les zones de rupture incluent le Sahel, la région des Grands Lacs et la Corne de l'Afrique.
  • Moyen-Orient : 12 conflits majeurs, exacerbés par la guerre directe impliquant désormais l'Iran et l'instabilité persistante au Levant.
  • Asie-Pacifique : 10 conflits, dominés par les tensions en Birmanie et le risque "Haut" désormais reconnu d'un conflit frontalier sino-taïwanais.
  • Europe : 6 conflits, avec la persistance de la guerre en Ukraine qui continue de drainer les ressources continentales.
  • Amériques : 4 conflits, principalement liés aux cartels militarisés et à l'instabilité politique chronique (notamment le risque accru de conflit armé au Venezuela).

Budgets militaires : La course à l'abîme

En 2025-2026, les dépenses militaires mondiales ont atteint des sommets vertigineux, portées par un réarmement massif au sein de l'OTAN et une montée en puissance sans précédent du bloc asiatique. Cette dynamique marque une rupture avec les équilibres de l'après-guerre froide.

  • États-Unis : Dominent toujours l'échiquier mondial avec un budget de défense qui, par le jeu des rallonges budgétaires d'urgence pour l'Ukraine et Israël, avoisine désormais les 925 à 950 milliards de dollars (les projections à 1 025 milliards restent l'objectif des faucons budgétaires pour 2027).

  • Chine : Poursuit son ascension avec un budget officiel et estimé de 276 milliards de dollars, bien que les investissements réels en R&D militaire suggèrent un montant dépassant les 350 milliards.

  • Russie : En pleine économie de guerre, elle y consacre environ 190 milliards de dollars (plus de 7 % de son PIB), sacrifiant ses services publics au profit du front.

  • L'alerte budgétaire : Globalement, les dépenses ont bondi de 9 % en un an. Ce basculement des capitaux vers l'armement se fait au détriment direct des budgets de transition écologique, alors même que l'urgence climatique est à son comble.

Un bilan humain au-delà des fronts

Le coût humain de cette militarisation est dévastateur. Si l'on note une décrue du terrorisme de 28 % dans certaines zones du Sahel grâce à des stabilisations locales précaires, cette avancée est tragiquement éclipsée par le retour des guerres de haute intensité.

Les estimations pour l'année 2025 font état de plus de 210 000 décès directs sur les champs de bataille. Toutefois, la réalité est bien plus sombre : les décès indirects — provoqués par la destruction des infrastructures sanitaires, les famines organisées et l'effondrement des chaînes d'approvisionnement — multiplient ce chiffre par trois dans les zones les plus touchées comme le Moyen-Orient et le Soudan.

Crimes d’écocide de la guerre

L’impact environnemental des conflits armés, souvent qualifié d’écocide, représente une dimension irréversible de la guerre moderne. En 2026, la recherche scientifique a permis de quantifier plus précisément ces dommages, qui ne sont plus considérés comme des "dommages collatéraux", mais comme des destructions structurelles de long terme.

Militarisation du carbone : un angle mort climatique

L'activité militaire mondiale est responsable d'environ 5,5 % des émissions de gaz à effet de serre (GES). Si l'armée américaine était un pays, elle se classerait au 47ème rang des plus gros émetteurs mondiaux.

  • Logistique et Carburant : Un char de combat moderne consomme environ 400 à 500 litres de carburant aux 100 km.
  • Destruction d'infrastructures : Les incendies de raffineries, de dépôts de munitions et d'usines chimiques (fréquents dans les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient) libèrent des quantités de CO2, de méthane et de suie noire qui accélèrent la fonte des glaciers et perturbent les cycles de précipitation régionaux.

Europe : la Terre "brûlée" de l'Est

Le conflit en Ukraine a transformé des zones agricoles fertiles en déserts toxiques.

  • Pollution des sols : Plus de 1,2 million d'hectares de réserves naturelles sont touchés. Les métaux lourds (plomb, antimoine, mercure) issus des obus s'infiltrent dans les sols, rendant les cultures impropres à la consommation pour les 50 prochaines années.
  • Déminage : On estime qu'il faudra plus de 70 ans pour dépolluer totalement les sols ukrainiens, un processus lui-même énergivore et polluant.

Afrique : guerre pour les ressources et déforestation

En Afrique centrale et au Sahel, l'impact environnemental est intrinsèquement lié à la survie des populations.

  • Braconnage de guerre : Dans les zones de conflit (RDC, Soudan du Sud), les populations déplacées et les milices se tournent vers la viande de brousse, entraînant une chute de 60 % des populations de grands mammifères dans certaines réserves nationales.
  • Déforestation : L'absence de gouvernance durant les guerres civiles favorise l'exploitation forestière illégale pour financer l'achat d'armes, contribuant à la perte de 4 millions d'hectares de forêt par an sur le continent.

Moyen-Orient : Gaza et la crise de l'eau

Au Moyen-Orient, l'environnement est utilisé comme un levier de pression politique.

  • Pollution de l'eau à Gaza : En 2026, 97 % de l'eau potable de la nappe phréatique côtière est considérée comme impropre à la consommation humaine en raison de la destruction des usines de traitement et de l'infiltration des eaux usées.
  • Impact en Iran : Les frappes ciblées sur les infrastructures industrielles ont provoqué des panaches de pollution atmosphérique visibles par satellite, augmentant les cas de maladies respiratoires de 15 % dans les zones urbaines adjacentes aux zones de conflit.


Un convoi de chars israéliens est déployé à la frontière entre Israël et l’enclave palestinienne de Gaza, le 16 septembre 2025. PHOTO MENAHEM KAHANA/AFP

Le Silence des Traités

Exemption militaire

Le point critique soulevé par de nombreux experts (comme ceux de l'observatoire Conflict and Environment Observatory) est l'exemption systématique des armées dans les accords sur le climat (Accords de Paris).

Les politiques américaines et européennes prônent la transition écologique tout en finançant des complexes militaro-industriels dont l'empreinte carbone est dévastatrice. Il existe une hypocrisie structurelle : on demande aux citoyens de réduire leurs émissions de CO2 tandis qu'un seul bombardier stratégique émet en une mission l'équivalent annuel de plusieurs centaines de véhicules privés.

Vers une reconnaissance du crime d'écocide ?

Des juristes internationaux plaident pour que la Cour Pénale Internationale (CPI) intègre l'écocide comme cinquième crime contre la paix.

  • Inaction européenne : Bien que le Parlement européen ait fait des avancées symboliques, l'Union européenne rechigne à imposer des normes environnementales strictes à ses propres industries de défense, craignant de perdre en compétitivité face aux blocs américain et chinois.

Le coût de la restauration environnementale après un conflit de haute intensité est estimé à 4 fois le coût de l'aide humanitaire d'urgence, une facture que les générations futures devront payer sans avoir participé au conflit.

Zoom sur le Moyen-Orient : Gaza et l'Iran

Au cours des trois dernières années, on a vu le Moyen-Orient basculer dans une phase de violence accrue, impliquant directement l'Iran.

Bilan humain (2023-2026)

  • Iran : 3 753 décès en seulement 40 jours de frappes et d'affrontements intensifs. Parmi eux, plus de 490 femmes ont perdu la vie.
  • Gaza : 72 265 personnes ont été tuées, dont 21 463 enfants ; 171 959 personnes ont été blessées, dont 44 667 enfants ; 1,9 million de personnes ont été déplacées d’un bout à l’autre de la Bande Gaza.

Politique US et Inaction Européenne

Sous la seconde administration Trump (2025-2026), la politique étrangère américaine est passée d'un interventionnisme libéral à une stratégie de "transactionnalisme brutal".

Les experts du Council on Foreign Relations (CFR) soulignent que Washington privilégie désormais la force brute et les accords bilatéraux au détriment des institutions multilatérales. Cette posture encourage les puissances régionales à résoudre leurs différends par les armes, sachant que la "police du monde" est focalisée sur ses propres intérêts domestiques.

L'Europe, de son côté, reste prisonnière de son inaction stratégique. Malgré les discours sur l'autonomie, l'Union européenne demeure fragmentée. Son incapacité à parler d'une seule voix sur le conflit iranien ou sur la tragédie de Gaza montre une dépendance persistante aux décisions de Washington. Les experts notent que l'UE "réagit" aux crises au lieu de les prévenir, se contentant d'une diplomatie humanitaire qui soigne les symptômes sans traiter les causes politiques. "L'Europe est un géant économique, un nain politique et un ver de terre militaire." — Cette critique classique reste plus que jamais d'actualité en 2026, alors que le continent subit les ondes de choc migratoires et énergétiques de conflits qu'il ne sait plus influencer.


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