Guerre

25 Sep 2026

Une arme du crime à la tribune de l'ONU

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Sarah Rahman

Activiste

Ce geste, à lui seul, ne suffit-il pas à illustrer une forme de bassesse et de cruauté dans la manière de faire de la politique ?

Benjamin Netanyahou, Premier ministre israélien, a brandi à la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU un pager — un boîtier électronique en apparence anodin — pour rappeler à l'assistance l'opération de septembre 2024 au cours de laquelle Israël avait fait exploser à distance des milliers d'appareils remis au Hezbollah, tuant une douzaine de personnes et en blessant plusieurs milliers d'autres, parmi lesquelles des civils, des soignants et des enfants. « Vous vous souvenez des bipeurs ? », a-t-il lancé, avant d'ajouter : « le Hezbollah, lui, s'en souvient certainement. » Il a ensuite brandi un terminal Starlink à l'adresse de la délégation iranienne, comme une promesse ironique de leur future « défection ».

Ce n'était pas une épée. Mais le symbole n'en est pas moins glaçant : un chef de gouvernement exhibant, à la tribune même des Nations unies, l'instrument d'une opération meurtrière, comme un trophée de guerre présenté au monde entier.

C'est un peu comme si Gengis Khan sortait de sa tombe, prenait place à la tribune des Nations unies, tirait son épée du fourreau et la brandissait sous les yeux des représentants du monde entier avant de leur lancer : « Vous savez ce que c'est ? Si vous ne le savez pas, les habitants de Nishapur, eux, le savent très bien. »

Ce geste, à lui seul, ne suffit-il pas à illustrer une forme de bassesse et de cruauté dans la manière de faire de la politique ?

Netanyahou, coutumier des accessoires théâtraux à cette tribune, est allé un pas plus loin cette année : il a qualifié les diplomates ayant quitté la salle à son arrivée de « lâches moraux », sommant ceux qui restaient de partir eux aussi s'ils ne voulaient pas l'écouter.

Deux jours plus tôt, ce même podium avait accueilli un autre exercice de rhétorique guerrière. Donald Trump y a déclaré avoir « une grande décision à prendre » : conclure un accord avec l'Iran, ou bien « annihiler la République islamique » et « la conduire en enfer, sans chance de survie ni espoir d'avenir ». Un président américain évoquant, depuis la tribune même de l'organisation censée garantir la paix entre les nations, la destruction pure et simple d'un État membre — pour ensuite préciser qu'il attendrait de voir comment se dérouleraient les élections de mi-mandat avant de trancher.

Ces mots ne sont pas restés lettre morte. La Commission d'enquête indépendante mandatée par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a conclu que l'armée israélienne avait détruit ou endommagé plus de 90 % des bâtiments scolaires et universitaires de Gaza, qualifiant cette destruction de crime de guerre et de crime contre l'humanité d'extermination — privant d'école plus de 658 000 enfants. Côté iranien, un rapport interne du Pentagone a établi que la frappe américaine du 1er mars 2026 contre l'école Shajarah Tayyiba, à Minab, s'appuyait sur des données de ciblage obsolètes et n'avait probablement pas respecté l'obligation de vérifier qu'il s'agissait bien d'un objectif militaire : entre 165 et 175 personnes, en majorité de jeunes filles, y ont été tuées. Un mois plus tard, des frappes américano-israéliennes détruisaient l'Institut Pasteur de Téhéran, l'un des plus anciens centres de recherche médicale et de production vaccinale du Moyen-Orient, fondé en 1920 — sans qu'aucune preuve documentée n'établisse qu'on y fabriquait des armes.

Face à des propos et à des actes d'une telle gravité, le silence relatif de l'Occident et de l'Europe interroge. Si l'on imagine un instant le dirigeant d'une autre puissance tenir un langage comparable à l'égard d'un État membre de l'ONU, ou si ses forces armées détruisaient une école et un centre de recherche médicale dans des conditions similaires, nul doute que les condamnations occidentales auraient été immédiates et unanimes. Ici, elles se sont faites discrètes, noyées dans les commentaires sur la tenue vestimentaire, les « gadgets » de mise en scène ou les péripéties diplomatiques annexes du sommet.

De tels gestes et de tels actes, quels qu'en soient les auteurs, sont le signe d'une rhétorique et d'une pratique qui banalisent, depuis l'enceinte même censée les interdire, la destruction des populations civiles et de leurs infrastructures essentielles.


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