Crise politique

28 Mar 2026

No Kings : le cri de ralliement anti-autoritaire qui secoue l’Amérique de Trump et interpelle l’Europe

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Sarah Rahman

Activiste

Le message des organisateurs américains résonne déjà en Europe : « En Amérique, nous n’avons pas de rois. » Si l’Europe veut rester fidèle à ses valeurs – démocratie, État de droit, multilatéralisme –, elle doit faire sienne cette devise.

Alors que des millions d’Américains descendent dans la rue ce 28 mars 2026 pour la troisième vague de manifestations « No Kings », un mouvement né de la résistance pacifique à ce que ses organisateurs qualifient de dérive autoritaire de l’administration Trump, le monde observe. Organisé par une coalition progressiste regroupant Indivisible, le 50501 Movement, MoveOn, l’ACLU, Public Citizen et des syndicats, ce mouvement a déjà mobilisé plus de cinq millions de personnes en juin 2025 (jour de l’anniversaire de Trump et de son défilé militaire controversé) et près de sept millions en octobre. Aujourd’hui, plus de 3 100 événements sont prévus dans les 50 États, potentiellement le plus grand jour de protestation non violente de l’histoire américaine.

Les raisons de l’émergence du mouvement

Le mouvement « No Kings » (« Pas de rois ») est né d’un refus viscéral : l’Amérique n’a pas de monarque, et Donald Trump ne doit pas se comporter comme tel. Ses fondateurs, issus des mouvements 50501 et Indivisible, ont forgé le slogan pour dénoncer les « prises de pouvoir autoritaires » : purges dans l’administration, utilisation massive d’ICE contre les immigrés, attaques contre la presse et les opposants politiques, et surtout un mépris croissant pour les contre-pouvoirs constitutionnels. L’étincelle initiale ? Le défilé militaire du 14 juin 2025, perçu comme une tentative de « couronnement ». Mais c’est la radicalisation des politiques trumpiennes – déportations massives, suppression de programmes sociaux et, surtout, l’entrée en guerre contre l’Iran en février 2026 – qui a transformé ces rassemblements en une résistance nationale durable. Des petites villes rouges aux métropoles bleues, des milliers de citoyens ordinaires, syndiqués, enseignants et retraités disent « non » à un président qui, selon eux, agit comme s’il était au-dessus des lois.

Les motifs profonds de l’opposition à Trump

L’opposition à Trump dépasse le simple anti-républicanisme. Elle repose sur une critique systémique : un président accusé de saper la démocratie américaine. Les manifestants dénoncent le musellement des institutions (Justice Department politisée, attaques contre le Congrès), la répression des minorités via l’immigration et une rhétorique qui flirte avec l’autoritarisme (« je suis votre vengeance »). Le mouvement accuse Trump de transformer la présidence en monarchie de fait, ignorant les freins et contrepoids constitutionnels. Cette colère s’est amplifiée avec la guerre en Iran, vue comme l’ultime preuve d’un pouvoir exécutif hors de contrôle.

La guerre illégale contre l’Iran : un cas d’école de l’arrogance trumpienne

Depuis février 2026, les États-Unis, aux côtés d’Israël, mènent une campagne militaire d’envergure contre l’Iran. Frappes sur des sites nucléaires, infrastructure énergétique et cibles militaires : l’administration Trump justifie ces opérations par la « menace imminente » du régime iranien. Pourtant, juristes, démocrates et organisations comme l’ACLU et Public Citizen la qualifient unanimement d’illégale. Aucune autorisation du Congrès n’a été obtenue, violant le War Powers Resolution. Sur le plan international, aucune menace imminente ne justifiait une frappe préventive en légitime défense. Des experts soulignent que les négociations en cours à Genève, sous médiation omanaise, montraient des progrès iraniens. Cette guerre de choix, sans fin claire ni stratégie de sortie, a déjà coûté des vies américaines et civiles iraniennes, et menace d’embraser la région. Pour les organisateurs de « No Kings », c’est la preuve ultime que Trump se place au-dessus des lois, tant nationales qu’internationales.

Pourquoi l’Europe doit se détourner des politiques bellicistes de Trump

L’Europe paie déjà le prix de cette guerre : flambée des cours du pétrole (jusqu’à 4 dollars le gallon aux États-Unis, avec des répercussions immédiates sur l’inflation européenne), perturbation du détroit d’Ormuz et risque d’escalade régionale. Mais au-delà des coûts immédiats, trois arguments majeurs militent pour un tournant stratégique.

Militairement : ce n’est pas « notre guerre », répètent en chœur les dirigeants européens. L’Allemagne (Boris Pistorius : « Nous ne l’avons pas commencée »), l’Espagne (Pedro Sánchez, qui refuse l’usage de bases conjointes), la France et d’autres rejettent l’envoi de navires dans le détroit d’Ormuz. S’engager risquerait de détourner des ressources vitales de la défense face à la Russie en Ukraine et d’exposer l’Europe à des représailles iraniennes sans contrôle sur l’issue du conflit. Trump exige un « burden sharing » sans consultation préalable : une humiliation qui rappelle les errements irakiens de 2003. 

Diplomatiquement : en cautionnant ou en restant passifs face à une guerre illégale, l’Europe renonce à son identité de puissance normative. Des voix comme Nathalie Tocci (Institut d’études de sécurité de l’UE) ou des analystes du ECFR soulignent que suivre Trump revient à enterrer l’ordre multilatéral et le droit international que l’Europe prétend défendre. C’est aussi affaiblir l’autonomie stratégique européenne : comment prétendre à une « Europe puissance » si elle reste vassale d’un allié imprévisible ? Des leaders comme Keir Starmer ou Friedrich Merz ont reconnu la violation du droit international… sans oser la condamner franchement. Ce silence est un aveu de faiblesse. 

Économiquement : la guerre fait grimper les prix de l’énergie, alimente l’inflation et menace la compétitivité européenne. Les sanctions et perturbations logistiques touchent plus durement un continent dépendant des importations. Soutenir Trump reviendrait à financer une aventure américaine aux dépens des ménages et des entreprises européens. Mieux vaut investir dans la transition énergétique et des partenariats diversifiés (avec le Golfe, l’Inde ou l’Afrique) que de s’aligner sur une politique de « America First » qui ignore les intérêts européens.

Le mouvement « No Kings » doit s’étendre en Europe : l’appel des experts

Des manifestations de solidarité ont déjà eu lieu à Madrid, Paris, Helsinki et dans d’autres villes européennes lors des vagues précédentes. Plusieurs experts reconnus plaident aujourd’hui pour une extension explicite du mouvement sur le Vieux Continent. Nathalie Tocci, dans The Guardian, y voit une opportunité historique : l’Europe ne peut pas se contenter de « paralysie » face à une guerre illégale ; elle doit réaffirmer ses principes ou risquer de devenir un acteur marginal, balloté entre Trump, Poutine et la Chine. Matthias Matthijs (Council on Foreign Relations) et des analystes du ECFR insistent : en refusant de cautionner cette guerre, l’Europe préserverait sa crédibilité et son autonomie stratégique. Pedro Sánchez, qui a condamné fermement l’opération et refusé les bases, incarne cette voie. Des voix comme celles de l’ECFR rappellent que s’aligner sur Trump par peur de le « fâcher » (notamment sur l’Ukraine) serait une « erreur stratégique majeure » : l’Europe paierait le prix fort d’un monde sans règles, où les puissances prédatrices dictent leur loi. 

Le message des organisateurs américains résonne déjà en Europe : « En Amérique, nous n’avons pas de rois. » Si l’Europe veut rester fidèle à ses valeurs – démocratie, État de droit, multilatéralisme –, elle doit faire sienne cette devise. Le 28 mars 2026 n’est pas seulement une journée américaine : c’est un appel à la résistance transatlantique contre l’autoritarisme et les aventures bellicistes. L’histoire jugera ceux qui ont choisi le silence.


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