Guerre

17 Apr 2026

Le visage oublié de la guerre, de la conquête des Amériques aux conflits de 2026

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Malec Paoli-Devictor

Analyste environnemental et journaliste

Si l’histoire militaire se compte en pertes humaines, elle s’écrit aussi en cicatrices environnementales indélébiles. De la colonisation à l'impérialisme moderne, la nature n'est plus seulement une victime collatérale : elle est devenue une cible, un but de guerre et un moteur du chaos climatique mondial.

Le péché originel : Quand la conquête modifie le climat

L'histoire du lien entre guerre et dérèglement climatique remonte bien plus loin qu'on ne le pense. Dès le XVIe siècle, la colonisation des Amériques a provoqué une telle hécatombe parmi les populations autochtones que le délaissement des terres agricoles a entraîné une reforestation massive. Ce phénomène a capturé tellement de CO2 qu'il aurait contribué au « Petit Âge Glaciaire » affectant le climat mondial. Ce premier acte d'écocide colonial préfigurait une ère où le militarisme et l'exploitation des ressources allaient devenir indissociables.

La nature comme cible : Du Moyen-Orient à l'Ukraine

Aujourd'hui, l'environnement est souvent un dommage collatéral délibéré ou un but de guerre. En Ukraine, l'ampleur des destructions est telle que Kiev exige désormais 43 milliards de dollars à Moscou pour les dommages environnementaux.

Au Moyen-Orient, la situation atteint un point de non-retour. L'Iran dénonce un écocide massif lié aux tensions régionales, tandis que les experts analysent toute guerre dans cette zone comme une catastrophe environnementale pour l'ensemble du bassin méditerranéen.

Les pays oubliés et le « militarisme environnemental »

Le coût de la guerre ne s'arrête pas aux explosions. Dans la région des Grands Lacs en Afrique, un rapport de RSF souligne un environnement global dégradé par l'instabilité. Au Yémen, la situation est tragique : entre l'entreprise TotalEnergies accusée de provoquer une catastrophe environnementale et culturelle et la destruction du secteur emblématique du miel yéménite sous le poids du conflit et du climat, le pays est devenu le symbole de l'impuissance face au dérèglement climatique en zone de guerre.

Paradoxalement, des nations comme l'Irak et la Syrie, bien qu'extrêmement vulnérables, sont exclues des fonds d'aide climatique car jugées trop instables, les condamnant à un cercle vicieux de pauvreté et de désastre écologique.

L'eau et les munitions : Les nouvelles armes du chaos

L'utilisation des ressources naturelles comme arme de guerre se précise. En Asie, l'Inde a récemment annoncé vouloir couper l'eau des fleuves irriguant le Pakistan, un acte qui pourrait déclencher une famine sans précédent. Sous la mer, le danger est invisible mais bien réel : les épaves de guerre et les dépôts de munitions continuent de polluer les océans des décennies plus tard.

Le financement de la destruction

Le constat financier est absurde. Alors que le monde manque de moyens pour la transition, on découvre qu'à Gaza, des milliards d'épargne censée être durable ont été détournés pour financer des drones et des bombes.

Les rapports de l'ONU sont accablants : le monde continue de financer la destruction plutôt que la régénération. L'ONU rappelle l'urgence de financer la protection de la nature, soulignant que pour chaque dollar dépensé pour protéger l'environnement, 30 dollars financent activement sa destruction.

Les Autochtones : Le dernier rempart face au militarisme

Face à cette stratégie impérialiste et militariste, les peuples autochtones s'élèvent comme les gardiens de la biodiversité. Reconnus lors de la COP16 pour leur rôle crucial dans la protection de la vie, ils porteront leurs voix à la COP30 au Brésil avec le concept du « Mutirão », cette tradition d'entraide pour sortir de l'inaction. Ces peuples sont plus déterminés que jamais à faire entendre leur voix contre un système qui semble courir vers une troisième guerre mondiale et des catastrophes environnementales majeures.

L'écocide n'est pas une fatalité, c'est un choix politique et financier. Tant que le militarisme sera financé trente fois plus que la régénération, la paix climatique restera une utopie.


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