22 Feb 2026
Alexis Dussol
Mercredi 18 février 2026 : l’état maximum de la vigilance crues est rouge, selon « Vigicrues », le service public d’information sur les crues qui n’a pas connu un tel phénomène, depuis sa création en 2006. Tous les records sont dépassés. La situation est inédite par son étendue géographique et sa durée.
Les inondations que nous connaissons aujourd’hui sont dus à plusieurs facteurs : des tempêtes successives, comme Nils puis Pedro, ont apporté des épisodes de pluies intenses sur de larges zones. Le régime dépressionnaire atlantique a fait défiler perturbations et fronts pluvieux pendant plusieurs semaines. Certaines régions ont cumulé des dizaines de millimètres de pluie supplémentaires, en quelques jours. Résultat, les rivières montent et débordent et les sols sont saturés sur une grande partie du territoire. Plusieurs grands bassins (Garonne, Loire, etc.) sont simultanément en crue.
La situation météorologique sans précèdent que nous connaissons est due à une combinaison de facteurs météorologiques immédiats et de facteurs structurels
Réchauffement climatique et aménagement du territoire
Au-delà des aléas de la météo, on connait tous le rôle du réchauffement climatique. . La hausse des émissions de gaz à effet de serre depuis des décennies, accélère l’évaporation de l’eau dans l’air . Or, plus l’air est chaud, plus il se charge de vapeur d’eau, et plus la possibilité de pluies abondantes et intenses augmente. Aujourd’hui, en France, la température est en moyenne plus élevée de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Et à l’horizon de l’année 2100, la hausse pourrait être de 4 °C et il faut savoir que chaque hausse de 1 °C des températures entraîne 7 % d’augmentation de l’humidité de l’atmosphère. Ces événements deviennent plus fréquents et les épisodes extrêmes plus probables, d’années en années. On est en train de vivre ce qui sera notre futur !
Au réchauffement climatique s’ajoute les choix faits, par le passé, en matière d’aménagement du territoire : artificialisation des sols, urbanisation en zones inondables, disparition de zones humides et aménagements des rivières.
Les aménagements agricoles ont aussi leur part de responsabilité : le remembrement agricole a fait disparaitre les haies et fossés pour faire de grandes parcelles plus facilement exploitables. Il faut aussi citer la pose de drains en profondeur dans les sols agricoles pour évacuer l’excédent d’eau des terres trop humides durant l’hiver, la création de digues et de canaux pour limiter l’expansion des rivières, le creusement des cours d’eau et la rectification des berges…
On a construit dans les plaines alluviales inondables et développé des infrastructures en bord de fleuve, pour des raisons économiques et d’attractivité du territoire (zones industrielles, hypermarchés, parkings…). Ainsi certaines zones périphériques de Paris sont construites sur d’anciens lits de la Seine. C’est l’équivalent de cinq terrains de foot qui disparaissent chaque heure en France. L’urbanisation entraine la dispersion des ruissellements et la surcharge des réseaux d’évacuation. Quand la crue survient, les dégâts humains et matériels sont importants.
Garder la tête hors de l’eau
Face au risque d’inondations, il faut réagir. L’État français et l’UE ont construit un ensemble de plans, lois et dispositifs visant à passer d’une logique de réaction à une logique de prévention Avant les années 2000, les impératifs climatiques étaient peu présents. Les politiques reposaient surtout sur l’hydraulique et la prévention locale avec une orientation historique vers la protection technique : digues, canalisations, endiguements. La situation actuelle montre que ces infrastructures seules ne suffisent pas.
C’est en 2014 que la stratégie nationale de gestion des risques d’inondation va mentionner explicitement le climat. On a sous-estimé pendant longtemps les risques futurs.
A cette intégration tardive s’joute de nombreuses résistances locales : les zones à risque (plaines alluviales, lits majeurs) sont souvent déjà urbanisées ou attractives économiquement. Les politiques de restriction de construction ou de retrait des zones exposées se heurtent à l’opposition de certaines communes qui contestent les PPRI (Plans de Prévention du Risque Inondation) pour pouvoir continuer à construire. On a continué à construire sur des zones inondables. L’Assurance catastrophe naturelle (CatNat) qui indemnise financièrement diminue en même temps la pression pour des mesures préventives et certaines collectivités retardent la renaturation ou la limitation de l’urbanisation.
La multiplicité des acteurs : État, collectivités, agences de l’eau, intercommunalités, services de secours, ne facilite pas, non plus les choses.
Pour garder la tête hors de l’eau, il va falloir s’y préparer. La solution passe par des politiques environnementales face aux inondations avec un double enjeu : réduire la vulnérabilité et renforcer la résilience des territoires tout en conciliant contraintes économiques, impératifs climatiques et acceptabilité sociale. La France doit tout faire pour respecter l’objectif européen d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Il faut aussi réfléchir à nos pratiques d’aménagement du territoire : aller vers la zéro artificialisation nette moins de béton, plus d’espaces verts et une agriculture plus raisonnée... il faut inventer un nouveau modèle ici comme ailleurs.
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