27 Mar 2026
Malec Paoli-Devictor
Analyste environnemental et journaliste
Face aux bruits de bottes contre l’Iran, le mouvement écologiste se déchire. Entre le désastre climatique généré par l’impérialisme et la dérive belliciste d'une partie de l'écologie politique, ce conflit menace autant les populations que la survie de la biosphère. Analyse d’un carnage environnemental annoncé et d'une trahison idéologique.
Le spectre d’une intervention militaire contre l’Iran n’est plus une simple hypothèse géopolitique, c’est une menace directe contre la biosphère. Pour les écologistes conséquents, cette guerre, lancée par ceux que l’on ne peut qualifier que de « fous », les administrations va-t-en-guerre de Trump et de Netanyahou, au service d’intérêts financiers, représente le summum de l’absurdité contemporaine : détruire la planète pour en piller les dernières ressources fossiles.
Un bilan carbone plus lourd que celui de 84 nations
L’argument mathématique est sans appel. Comme le souligne Révolution Permanente, une guerre impérialiste contre l’Iran générerait plus de CO2 que 84 pays réunis. L’empreinte carbone des armées modernes est une insulte à chaque effort citoyen de sobriété. Entre le déploiement des porte-avions, les raids aériens incessants et la logistique titanesque nécessaire à une invasion, le secteur militaire s’impose comme le premier pollueur mondial, tout en restant largement exempté des accords internationaux sur le climat. Soutenir cette guerre, c’est signer l’arrêt de mort des accords de Paris.
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La « marée noire atmosphérique » : un crime contre une nation millénaire
L’Iran n'est pas qu'un point sur une carte d'état-major ; c'est une nation millénaire dont le territoire abrite des écosystèmes déjà vulnérables. Les experts cités par Ouest-France et Reporterre alertent sur le risque d’une « marée noire atmosphérique ». En ciblant les infrastructures pétrolières, les bombardements provoqueraient des incendies géants, libérant des panaches de suie et de toxines qui ne connaissent pas de frontières.
Ces particules fines s’abattraient sur les nappes phréatiques et les milieux marins, empoisonnant durablement l’eau et les sols d’une civilisation historique. Comme le demande Vert.eco, quelle place reste-t-il pour l’écologie quand les bombes pleuvent ? La réponse est amère : la guerre transforme l'environnement en une arme de destruction massive à retardement.
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L’hypocrisie du « réarmement vert »
C’est ici que le bât blesse au sein même du mouvement écologiste. Tandis que Presse-Gauche rappelle que les véritables écologistes refusent la « guerre pour le pétrole », une dérive inquiétante se manifeste chez certains responsables politiques. Reporterre pointe du doigt la trahison de « Les Écologistes » (EELV) qui, loin de leur pacifisme originel, valident aujourd'hui le réarmement et la logique de confrontation.
Cette posture est d'une hypocrisie révoltante. Comment peut-on, d’un côté, prôner la protection de la biodiversité et de l’autre, soutenir une escalade militaire qui est, par essence, l’activité la plus anti-écologique qui soit ? Ce « regard pro-guerre » au sein des rangs verts est un renoncement total à l'éthique. C’est accepter que l’on puisse « verdir » des missiles ou justifier des budgets militaires en hausse — comme le dénoncent les débats à l'Assemblée nationale sous l’article 50-1 — au détriment des services publics et de la transition énergétique.
L’antimilitarisme, une nécessité vitale
Face à cette folie, l’antimilitarisme ne doit plus être vu comme une option, mais comme une nécessité vitale. Reporterre insiste : si nous voulons sauver le climat, nous devons arrêter les machines de guerre. L’augmentation des budgets militaires mondiaux est un détournement de fonds criminels qui devraient servir à adapter nos sociétés au chaos climatique déjà présent.
S'attaquer à l'Iran, c'est s'attaquer à un patrimoine de l'humanité pour satisfaire l'hubris de puissances déclinantes. C’est une guerre illégale, injustifiable et écocide. Les écologistes qui se taisent ou, pire, qui encouragent cette marche vers l'abîme sous couvert de « réalisme géopolitique », ne font que prouver leur soumission au système qu'ils prétendent combattre.
En fin de compte, la lutte pour la paix en Iran est la mère de toutes les batailles écologiques. Sans paix, il n’y a pas de futur durable. Il est temps de dénoncer les marchands de mort et leurs alliés de circonstance, qu'ils portent des uniformes ou des écharpes vertes.
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