28 Mar 2026
Tired Earth
Par la rédaction
Les craintes d’un incident nucléaire en Iran se renforcent à mesure que les bombardements se poursuivent sur ses sites nucléaires. L’Organisation mondiale de la santé dit préparer ses équipes sur place.
Plusieurs bâtiments de Téhéran gravement endommagés après des bombardements des États-Unis et d'Israël, le 2 mars 2026. - © Fatemeh Bahrami / Anadolu / Anadolu via AFP
« Le pire scénario serait un incident nucléaire, et c’est ce qui nous inquiète le plus. » Ces propos sont ceux de Hanan Balkhy, directrice régionale pour la Méditerranée orientale à l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Interviewée 17 mars par Politico, elle a annoncé que le personnel de l’agence onusienne se préparait activement à cette éventualité, si la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran venait à s’intensifier.
Et pour cause : depuis le lancement de leur nouvelle offensive le 28 février, les États-Unis et Israël multiplient les bombardements sur les sites nucléaires militaires iraniens au prétexte de les anéantir — alors même que le programme atomique de Téhéran, visant à produire l’arme nucléaire, a déjà été stoppé, aux dires des services de renseignements étasuniens.
Dans la nuit du 1er au 2 mars, des raids israélo-étasuniens ont pris pour cible l’usine souterraine d’enrichissement du combustible de Natanz, endommageant les bâtiments d’entrée. Le 3 mars, Israël a affirmé avoir touché un centre militaire souterrain secret du programme nucléaire de l’Iran dans la région de Téhéran. Le 12 mars, c’était au tour du complexe Taleghan, situé à Parchin, au sud-est de Téhéran, d’être attaqué par l’armée de l’air israélienne.

Le 2 mars 2026, l’Iran a accusé Israël et les États-Unis d’avoir attaqué son installation nucléaire de Natanz. © 2026 Vantor / AFP
Pour l’heure, l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) se montre rassurante sur les effets de ces bombardements. « Aucune conséquence radiologique n’est attendue », a-t-elle estimé suite à l’attaque de Natanz. Reste que le niveau d’incertitude est élevé. Les inspecteurs de l’agence n’ont plus accès à l’usine d’enrichissement d’uranium depuis une précédente attaque israélienne, en juin 2025.
« Les informations sur place restent très floues, a alerté le 18 mars la Criirad, un laboratoire français indépendant de surveillance et d’analyse de la radioactivité. L’opacité qui entoure l’ensemble des installations nucléaires iraniennes, notamment en ce qui concerne les substances et les quantités qu’elles abritent, rend l’évaluation des risques en cas de bombardement d’autant plus difficile et incertaine. »
En outre, la vérification de ces installations se fait « au bon vouloir des autorités du pays, qui ne semblent pas, pour l’heure, répondre aux sollicitations de l’AIEA », poursuit l’association.
Ces attaques ne sont pas nouvelles. Depuis la découverte de l’existence de Natanz et du réacteur de recherche d’Arak en 2002, Israël considère le programme atomique iranien comme une menace existentielle. Les installations nucléaires iraniennes ont régulièrement été touchées par des accidents divers et louches : la cyberattaque Stuxnet, qui a endommagé les centrifugeuses de Natanz en 2010 ; des attentats ayant tué au moins cinq scientifiques nucléaires iraniens entre 2010 et 2012 ; et, à Natanz, une explosion en 2020 puis une panne de courant massive en 2021, qualifiée d’acte de « terrorisme » par l’Iran. Acteur clé du programme nucléaire de Téhéran, le scientifique Mohsen Fakhrizadeh a été assassiné en 2020.
Mais c’est en 2025 que les tensions sont montées d’un cran, lorsque des attaques des États-Unis et d’Israël ont visé les sites de Fordow (site d’enrichissement d’uranium enterré), d’Ispahan (centre de recherche et de conversion) et de Natanz. L’AIEA avait d’ailleurs alerté sur une « contamination radiologique et chimique » de ce dernier site après les bombardements. « Plus de neuf mois après ces attaques, les informations précises concernant leurs conséquences radiologiques restent inconnues et les données sur lesquelles se fondent les conclusions de l’AIEA ne sont pas accessibles. Les inspecteurs de l’agence n’ont d’ailleurs plus accès aux sites depuis lors », s’inquiète la Criirad.
« Les inspecteurs de l’AIEA n’ont plus accès aux sites »
Les installations nucléaires militaires ne sont pas les seules menacées. Dans la nuit du 18 mars, la centrale nucléaire de Bouchehr, dédiée à la production d’électricité, a été touchée par un projectile, qui n’a pas fait de dégâts. Ce site n’en reste pas moins un des plus sensibles d’Iran en termes de sûreté : en juin, l’AIEA avait rappelé qu’un bombardement direct contre la centrale, ou la coupure de ses deux lignes d’alimentation électrique externes, pourrait provoquer un accident radiologique majeur, nécessitant des mesures de protection allant d’évacuations locales à des restrictions sur la consommation de denrées alimentaires dans un périmètre de plusieurs centaines de kilomètres.
« Une frappe contre un réacteur en fonctionnement ou une piscine de combustible pourrait entraîner des conséquences majeures », comme des rejets massifs de césium 137 ou d’iode 131 dans l’air et l’eau, a pour sa part averti la Criirad. « Dans le cas de la centrale de Bouchehr, des frappes pourraient provoquer une contamination des eaux du Golfe, qui constituent une source essentielle d’eau désalinisée dont dépendent largement des États de la région. »
En dépit de ces risques, les sites nucléaires civils sont désormais de fait des cibles militaires, à l’instar de la centrale nucléaire de Zaporijia, en Ukraine. Le 5 mars, un responsable militaire iranien avait menacé de cibler le site nucléaire israélien de Dimona, dans le désert du Néguev, avait rapporté Reuters.
Face à cette menace, l’OMS a dit remettre à niveau ses équipes sur la manière de réagir en cas d’incident nucléaire, qu’il s’agisse d’une attaque contre une installation ou de l’utilisation d’une arme atomique. L’agence a actualisé ses formations et fourni aux autorités des recommandations sur les risques pour la santé publique, ainsi que sur les mesures de protection à adopter par les populations.
Elle a également mis à jour ses directives relatives à la constitution de stocks nationaux en cas d’urgence radiologique. Ceux-ci comprennent notamment de l’iode stable, des agents de décorporation destinés à éliminer les radionucléides de l’organisme, ainsi que des cytokines utilisées pour traiter les atteintes à la moelle osseuse chez les victimes du syndrome d’irradiation aiguë.
Selon Hanan Balkhy, l’exposition de la population à des niveaux dangereux de rayonnements en cas d’incident nucléaire pourrait entraîner des lésions immédiates graves, notamment aux poumons et à la peau, et augmenter significativement les risques de cancers ainsi que de troubles de santé mentale. « Je pense que ceux qui ont connaissance des incidents passés, qu’ils soient intentionnels ou accidentels, sont pleinement conscients de ce dont nous parlons, a-t-elle déclaré. Même si nous nous préparons, rien ne pourra empêcher les dégâts qui s’abattraient sur la région — et sur le monde entier — si un tel événement venait à se produire. Les conséquences dureraient des décennies. »
Source : Reporterre.net
Comment
Reply