À l'avenir, on devrait pouvoir compter sur l'énergie de la Guinée (Conakry) !
La Guinée, futur centre névralgique de l’électricité ouest-africaine ?

Si sa faible électrification actuelle ne laisse pas transparaitre les bouleversements qui se préparent, une multitude de centrales solaires et hydroélectriques est en projet. Une situation qui laisse présager des lendemains nouveaux.

Pour l’heure, on compte trois centrales hydrauliques, se situant à Garafiri (80 MW), Kaléta (240 MW) et Souapiti (450 MW), avec une puissance cumulée de 770 MW. Seulement 44 % de la population a accès à l’électricité dont 87% se trouve en zones urbaines, selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA). Toutefois, dans son rapport publié l’année dernière La transition vers les énergies renouvelables en Afrique – Renforcer l’accès, la résilience et la prospérité, on apprend que le pays devrait développer 1 650 MW d’hydroélectricité, 47 MW d’énergie solaire et 3 MW de biocarburants d’ici 2030.

La Guinée, château d’eau de l’Afrique de l’Ouest

Ces chiffres de l’IRENA se basent sur ceux du ministère de l’Énergie et de l’Hydraulique qui rend compte de 7 centrales hydrauliques à réaliser dans la décennie et 3 autres après 2030. Les 7 premières sont prévues à Amaria (300 MW) et Grand Kinkon (291 MW) en 2023, à Koukoutamba (294 MW) en 2024, à Morisanako (100 MW) et Bonkon Diara (174 MW) d’ici 2025, à Tiopo (120 MW) d’ici 2028 et enfin à Diaraguôla (72 MW) en 2029. 

Trois autres projets sont prévus pour après 2030, à Boureya (160 MW) en 2030, à Fetor (124 MW) en 2031 et à Lafou (98 MW) en 2032. Des chiffres qui avoisinent ceux de l’IRENA, mais serait-il possible que ces prévisions soient plus importantes que prévues ?

Des projets supplémentaires 

L’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) rend compte de l’ensemble des projets guinéens déjà évoqués, auxquels elle ajoute 15 projets inscrits dans le cadre du Programme de réformes et de transactions de Power Africa (PATRP), un programme qui vise à résoudre les difficultés d’approvisionnement de l’Afrique subsaharienne. 

Ces 15 projets totalisent une puissance de 1 387,3 MW, près du double de la puissance installée de nos jours dans le pays ! Ils se situent à Digan (93,3 MW), Saltinho (19 MW), Kogbedou (44 MW), Poudalde (130 MW), Balassa (181 MW), Doundouko (127 MW), Fomi (110 MW), Gozoguezia (48 MW), Hakkaounde (84 MW), Kassa B (118 MW), Korafindi (100 MW), Kouravel (135 MW), Madina Kouta (67 MW), Mangoy (67 MW) et Netere (71 MW). 

Cette succession de projets est quelque peu abrupte à la lecture mais révélatrice de la quantité d’infrastructures envisagées. Ainsi, en additionnant ces éléments, la Guinée totaliserait près de 25 projets en cours d’une puissance cumulée de 3 120,3 MW (ou 3,12 GW) ... C’est considérable. La Guinée mérite ainsi son qualificatif de « château d’eau » … Et il semblerait que les projets énergétiques ne se limitent pas à l’hydroélectricité.

L’énergie solaire, un complément à l’hydroélectricité

Les énergies solaire et hydraulique ne sont pas concurrentes en Afrique de l’Ouest mais complémentaires. En effet, les chaleurs intenses de la saison sèche abaissent considérablement le niveau des eaux, limitant l’utilisation des centrales hydrauliques au cours de la journée. C’est ainsi que les centrales solaires sont pensées : fournir un relais et bénéficier dans le même temps des radiations intenses des rayons du soleil lors de cette période.

Les projets solaires guinéens pourraient atteindre une puissance de 610 MW. On compte 5 projets solaires de grande ampleur sur le territoire : à Kankan (200 MWc), à Boké (50 MWc), à Kamsar (20 MWc), à Khoumagueli près de Lisan (40 MWc), et une dernière centrale d’une puissance de 300 MWc pourrait voir le jour à Kindia. Des projets tout aussi impressionnants qu’ils permettront à la Guinée de devenir un pôle énergétique régional.

Un pôle énergétique en Afrique de l’Ouest

L’ensemble de ces projets servent une volonté d’électrification nationale et d’exportation régionale. La mise en œuvre – dans un avenir proche – d’un Système d’échange d’énergie électrique en Afrique de l’Ouest (EEEOA) conduit à une réorganisation des réseaux d’électrification régionale au sein desquels la Guinée deviendrait un pôle important en Afrique de l’Ouest. Le pays est idéalement situé, à la croisée des chemins de la Guinée Bissau, du Sénégal, du Mali, de la Côte d’Ivoire, de la Sierra Leone et du Libéria. Cette place stratégique est illustrée par l’existence de deux nœuds électriques, indispensables au futur rôle du pays d’exportateur constant d’énergie dans la région.

Ces deux nœuds électriques se situent à Linsan et à Kankan. Ils sont au centre d’une toile qui diffuse de nombreux canaux électriques alimentant le réseau électrique ouest-africain. On remarque par ailleurs que ces deux nœuds électriques disposent chacun d’une centrale solaire, marquant ainsi la portée stratégique de ces localités à l’échelle nationale et régionale.

Qui profitera de ces investissements ?

L’ancien président déchu, Alpha Condé, fier de la puissance du barrage hydraulique de Souapiti, révélait en juin dernier que la Guinée électrifierait ses voisins : « Nous allons donner le courant à la Guinée-Bissau, au Sénégal et à la Gambie ». Des mots qui prennent tout leur sens au regard de ce panorama énergétique, mais qui – depuis le coup d’Etat des hommes du colonel Mamady Doumbouya – posent de nouvelles questions. Malgré cette instabilité politique, les investissements sur le territoire guinéen se poursuivent, de nouvelles élections vont être organisées. Le futur dirigeant de la Guinée récoltera, sans nul doute, le fruit des investissements énergétiques en Guinée.

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