Cultivés essentiellement entre les tropiques mais largement consommés dans les pays aux hivers froids, des produits comme la banane, la mangue, l’avocat et le café alimentent le commerce international.
Commerce équitable : au-delà des labels

Toutefois, malgré l’augmentation de la demande en matières premières tropicales à l’échelle internationale, le niveau de vie des producteurs ne suit pas toujours la même courbe.

Il ne reste plus que neufs ans pour atteindre les 17 objectifs de développement durable adoptés par l’ONU. Les objectifs de développement durable sont un appel à l’action de tous les pays – pauvres, riches et à revenu intermédiaire – afin de promouvoir la prospérité tout en protégeant la planète. Une décennie d’action dans le monde et 2030 sera l’année du grand bilan. Les différents rapports scientifiques rappellent à l’humanité l’importance de changer certains paradigmes, en particulier dans la façon de produire et de consommer, de commercer et de redistribuer les richesses. Les principaux défis écologiques, sociaux et économiques identifiés depuis Rio-1992, n’ont jamais été autant au cœur des urgences internationales. Face à un monde qui doit plus que jamais lutter contre la pauvreté extrême, les pics de chaleur, les inondations, les inégalités sociales, la perte de la biodiversité et l’appauvrissement des terres cultivables, oser changer les règles devient un impératif notamment en ce qui concerne le commerce international.

L’urgence du commerce équitable

Les ressources agricoles et minérales dont regorgent les pays du Sud constituent le poumon du commerce international, la mondialisation vit au rythme de la consommation de ces produits exotiques. Mais les familles de nombreux agriculteurs de ces pays bénéficient difficilement, encore aujourd’hui, des fruits de la croissance.

Travaux champêtres © Iwaria

L’économie mondiale s’organise autour de matières premières récoltées en A et consommées ailleurs, aux points B, C et Z. Mais quand il s’agit de regarder de plus près la provenance des produits, les conditions de travail et de vie des populations qui côtoient quotidiennement ces matières premières, le constat reste très souvent alarmant et déconnecté. Les expressions ne manquent pas pour décrire par exemple un continent Africain riche de sa terre mais pauvre du point de vue des indicateurs de qualité de vie.

Les populations locales n’arrivent pas à profiter des fruits du commerce international, qui repose sur les matières premières issues de leurs terres. Cette réalité n’est pas nouvelle puisque dans les années 40-60 déjà, elle inspirait aux USA le mouvement du commerce équitable. En 1964, comme nous le rapporte l’association Artisans du Monde, le commerce équitable connaît sa première reconnaissance internationale notamment lors de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED). Le premier point mis en avant est la rupture d’avec la logique d’aide. Le slogan « Trade not Aid » prend de l’ampleur pour exprimer l’idée de faire du commerce avec des règles internationales équitables dépourvues de la logique d’assistance ou d’aide aux pays avec lesquels on traite. Depuis lors, les initiatives n’ont pas cessé de naître dans le sens d’un système de transactions marchandes basées sur un « prix juste » et « décent pour le producteur », qu’il soit du Nord, du Sud, d’Est ou d’Ouest. 

Nous sommes en 2021 et pourtant, cette vision de 1964 a besoin, encore aujourd’hui, d’être renforcée et mieux encadrée afin de s’imposer comme la norme. Les agriculteurs sont toujours en difficulté et les populations rurales restent parmi les plus pauvres au monde. En 2018, quatre personnes sur cinq qui vivaient sous le seuil de pauvreté international étaient issues du milieu rural, selon la banque mondiale. D’après la FAO, la plupart des pauvres ruraux vivent de l’agriculture. Cette réalité est plus frappante dans les pays tropicaux, leur richesse en terres cultivables crée une grande activité agro-alimentaire, et dans ces pays, la pression démographique nécessitera de nourrir plus de 9 milliards de personnes en 2050. Selon Les Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO, en 2030, l’Afrique subsaharienne pourrait représenter presque 40 % de la production mondiale de racines et de tubercules, 21 % de légumineuses et 6 % de céréales. Malgré l’importance de la portée agricole mondiale de cette partie du monde, l’Afrique subsaharienne reste pauvre et sous-alimentée.

Aujourd’hui, plusieurs labels Équitables existent et se penchent sur les conditions de vie de ces paysans en difficultés malgré leur dur labeur pour nourrir le monde.

Des labels pour redistribuer les cartes

Café équitable, chocolat équitable, lait équitable, coton équitable, s’il y a une chose qui saute aux yeux aujourd’hui sur les emballages de produits dans le commerce et la grande distribution, c’est la présence de plusieurs étiquettes de labels. Plusieurs logos se disputent la place, y compris les labels du « fair trade ». Effet de mode ou symptôme d’un monde en transition ? Plusieurs labels existent et chaque label fixe ses règles. Acheter un produit labellisé Commerce Équitable, c’est soutenir le commerce qui rémunère justement le producteur français, américain, brésilien, togolais etc. Le Commerce Équitable a pour vocation de lutter contre la pauvreté des agriculteurs fragiles en leur permettant d’être mieux encadrés, de gagner mieux de leurs labeurs, d’avoir des garanties. Mais pour avoir ces garanties, il faut souvent passer par des labels.

Pour avoir l’étiquette du commerce équitable sur ses produits, il faut satisfaire aux conditions de base du label. Chez Fairtrade International par exemple, il faut que les producteurs et commerçants respectent un certain nombre de critères économiques, environnementaux et sociaux. Au titre des critères économiques, l’acheteur doit s’engager à verser une Prime Fairtrade fixe aux producteurs et aux travailleurs pour leur permettre d’investir dans l’amélioration de la qualité de leurs entreprises et de leurs communautés. Au niveau des critères environnementaux, Fairtrade interdit aux producteurs, l’utilisation de plusieurs matières dangereuses et de tous les organismes génétiquement modifiés (OGM), sans oublier de mettre l’accent sur des pratiques écologiques et agricoles saines, en adéquation avec la fertilité des sols. Quant aux critères sociaux, il y a, entre autres, l’interdiction du travail des enfants et la juste rémunération des travailleurs.

Ces règles, non exhaustives, peuvent différer selon que l’on veut intégrer d’autres labels comme Ecocert, Symbole des Producteurs Paysans, Bio Partenaire, Fair For Life, Artisans du Monde ou Fair Trade USA … tous engagés pour le Commerce Équitable. Cela dit, la labellisation engendre inévitablement des coûts pour le petit producteur burkinabé, togolais ou ivoirien qui veut se mettre aux normes et profiter du marché mondial équitable. A ce niveau, les grands exploitants ont un avantage considérable sur les petits producteurs d’où la nécessité de changer les règles et de voir au-delà des labels.

Au delà des labels : l’exemple de gebana 

Cultivés essentiellement entre les tropiques mais largement consommés dans les pays aux hivers froids, des produits comme la banane, la mangue, l’avocat et le café alimentent le commerce international. Toutefois, malgré l’augmentation de la demande en matières premières tropicales à l’échelle internationale, le niveau de vie des producteurs ne suit pas toujours la même courbe. Quant aux labels équitables qui tentent d’y remédier, ils ne couvrent pas la multiplicité des problèmes auxquels sont confrontés les producteurs, notamment les petits.

Dans le système commercial concurrentiel actuel, pour améliorer les conditions de vie de familles d’agriculteurs, ce sont les règles du commerce international qui doivent en réalité changer. A l’heure où l’écologie est au cœur de tous les débats et où la pauvreté dans certains pays tropicaux requiert une meilleure redistribution des fruits de la croissance, le timing pour l’atteinte des objectifs de développement durable nécessite de nouvelles approches. Un exemple à suivre serait celui de gebana.

« Nous changeons les règles » © gebana

Des initiatives comme gebana essayent de changer les règles pour tendre vers un idéal de commerce équitable qui fait sens. Le dernier rapport de la FAO portant sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde, propose d’intervenir sur les systèmes alimentaires pour améliorer l’état du commerce international et favoriser plus d’équité. Pour ce faire, l’Organisation Mondiale des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture propose d’intervenir sur les chaînes d’approvisionnement alimentaire et de renforcer la résilience des plus vulnérables à l’adversité économique. C’est justement ce que fait l’entreprise gebana, engagée depuis plus de 40 ans en faveur du commerce équitable. 

Au-delà de l’étiquette équitable, gebana change les règles pour faire plus sens. Les produits de gebana arrivent directement au consommateur européen, sans intermédiaire. L’entreprise s’est construite sur le principe d’élimination des intermédiaires, afin de garantir la bonne qualité des produits et de réduire les kilomètres alimentaires. De plus, gebana permet aux producteurs de gagner plus, en partageant avec eux une partie du total des bénéfices générés par la vente de leurs produits. Ils sont ainsi mieux rémunérés car ils perçoivent 10% des bénéfices, en plus du prix d’achat du bio que gebana leur paie. En 2020, au plus fort de la crise sanitaire et ses mauvaises répercussions sur de nombreux petits producteurs locaux, les agriculteurs accompagnés par gebana au Burkina Faso, au Togo, au Brésil et en Suisse, ont été agréablement surpris par les bénéfices générés par leur travail avec gebana. Ils ont pu en effet capter une partie de la demande des personnes confinées en Europe. Les bénéfices ont été utiles pour eux et leurs communautés.

Au demeurant, le commerce équitable reste un processus en construction pour le bien-être de tous les producteurs et aussi pour le bien-être de la planète. Le point de vigilance reste le bilan carbone des produits transportés d’un continent vers un autre, même si le paysan du pays d’origine touche le juste prix. A cet effet, le dernier rapport du GIEC nous interpelle sur la nécessité de changer nos modes de consommation pour tendre vers moins d’émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et moins de pollution. Les processus et nouveaux modèles de développement durable comme le commerce équitable devront donc se raffiner pour être à la hauteur de l’urgence climatique. Il ne faut donc pas s’arrêter.

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