Guerre

07 Oct 2026

« Aucun pays ne devrait avoir à affronter cela seul »; les géants du  pétrole exigent que le monde partage le coût de la guerre en Iran

logo

Tired Earth

Par la rédaction

Les dirigeants de Saudi Aramco et de Kuwait Petroleum Corporation ont averti, lundi à Londres, que les dizaines de milliards de dollars de dégâts causés aux infrastructures pétrolières ne peuvent plus être supportés par les seuls producteurs. Les pays consommateurs, et notamment l'Europe, sont appelés à investir.

Les dirigeants de Saudi Aramco et de Kuwait Petroleum Corporation ont averti, lundi à Londres, que les dizaines de milliards de dollars de dégâts causés aux infrastructures pétrolières ne peuvent plus être supportés par les seuls producteurs. Les pays consommateurs, et notamment l'Europe, sont appelés à investir.

C'est un message qui risque de faire grincer des dents à Bruxelles. Réunis à Londres à l'occasion du forum « Energy Intelligence », les patrons de deux des plus grands producteurs de pétrole du Moyen-Orient ont lancé un appel sans ambiguïté : le reste du monde doit assumer sa part du fardeau financier résultant de la guerre impliquant l'Iran.

Le conflit, qui entre dans son huitième mois, a causé des dommages considérables aux oléoducs, raffineries, installations gazières et à des dizaines de pétroliers. La facture des nouveaux investissements nécessaires se chiffre déjà en dizaines de milliards de dollars.


« Aucun pays ne devrait avoir à affronter cela seul »

Amin Nasser, directeur général de Saudi Aramco, et Cheikh Nawaf Al-Sabah, son homologue à Kuwait Petroleum Corporation (KPC), ont annoncé chercher à développer des routes d'exportation et des capacités de stockage en dehors de la région. Selon eux, les partenaires européens doivent investir pour couvrir les coûts logistiques et reconstituer des réserves épuisées.

« Aucun pays ne devrait avoir à affronter ce problème seul », a déclaré Amin Nasser. « Les infrastructures pétrolières et gazières ne sont pas une dépense que l'on peut simplement minimiser ou éviter ; c'est une nécessité collective, tant pour les producteurs que pour les consommateurs. »

Cheikh Nawaf a été plus direct encore : si les nations européennes souhaitent continuer à recevoir des carburants koweïtiens — diesel et carburéacteur notamment —, elles doivent investir dans les infrastructures de stockage nécessaires. « Nous voulons être en mesure de vous fournir des distillats, mais vous devez disposer de l'infrastructure logistique prête à accueillir ce stockage », a-t-il ajouté.


L'Europe en première ligne

Avant le conflit, le Koweït s'était imposé comme un fournisseur clé de produits pétroliers raffinés pour l'Europe. Depuis, le continent est plongé dans une crise énergétique et confronté à de graves pénuries de diesel. Le Koweït négocie actuellement avec des partenaires européens pour investir dans des capacités de stockage accrues, plus proches des utilisateurs finaux.
Deux millions de barils par jour pendant deux ans

Amin Nasser a également averti que même si la crise prenait fin immédiatement, une demande supplémentaire d'environ 2 millions de barils par jour pourrait être nécessaire pendant deux ans, simplement pour reconstituer les stocks épuisés. Selon lui, la guerre a déjà retiré près de 3 milliards de barils du marché.
L'oléoduc Est-Ouest, rentabilisé en 14 jours

Le détail le plus frappant livré lors du forum concerne l'oléoduc Est-Ouest saoudien, qui permet de contourner le détroit d'Ormuz. Selon Amin Nasser, le coût de construction de cette infrastructure a été rentabilisé en seulement 14 jours après le début du conflit.

« Nous avons trois routes. Est-ce suffisant ? Probablement pas pour l'avenir. Il incombe à la génération actuelle de réfléchir à une quatrième, une cinquième voie d'exportation », a-t-il déclaré, précisant qu'Aramco envisageait de doubler ou tripler ses capacités de stockage à l'étranger.


Un changement de doctrine

Patrick Pouyanné, directeur général de TotalEnergies, présent au même forum, a résumé le basculement du secteur : l'industrie pétrolière est passée d'un modèle « juste-à-temps » à un modèle « juste-au-cas-où ».

Le Koweït, lui, reste le plus contraint. Sa production dépasse légèrement 2 millions de barils par jour, contre environ 2,6 millions avant la guerre. Faute de pipeline alternatif, ses exportations dépendent entièrement de sa propre flotte, dont la capacité plafonne à environ 2,1 millions de barils par jour. Les navires doivent procéder à des transferts de cargaison en dehors du détroit, sous la menace constante d'attaques iraniennes.

Source : bloomberg


newsletter

Les meilleurs de Tired Earth dans votre boîte mail

Inscrivez-vous pour recevoir des photos, des histoires et des offres spéciales de Tired Earth

En vous inscrivant à ce mail, vous acceptez les actualités, les offres et les informations de Tired Earth. Cliquez ici pour consulter notre politique de confidentialité.