Du début à la fin, le projet américano-israélien était de provoquer un changement de régime en Iran. Non seulement, il n’a pas eu lieu, mais la république islamique d’Iran est sortie de ces longs mois d’agression étrangère plus forte que jamais à tous les niveaux. En politique intérieure, la cohésion nationale s’est renforcée, le peuple s’est unifié, ou réunifié, derrière son gouvernement et son armée.
1) Peut-on dire que l’Iran a « gagné » la guerre entre les États-Unis/Israël et ce pays ? Selon vous, les objectifs obtenus par l’Iran dans l’accord sont-ils stratégiques et durables, ou simplement tactiques et temporaires ?
Oui, on peut dire que l’Iran a gagné. La séquence qui s’achève en juin 2026 commence en décembre 2025 dans les rues de Téhéran. On voit se mettre en place un mouvement de protestation sociale authentique, mais récupéré et amplifié par des puissances étrangères au moyen d’agents provocateurs infiltrés parmi les manifestants pour essayer de faire basculer le pays dans un coup d’État paramilitaire, ce que l’on appelle communément une « révolution colorée ». Cette opération de déstabilisation menée par les USA et Israël échoue en janvier 2026, puis devient une guerre ouverte contre l’Iran le 28 février. (1)
Du début à la fin, le projet américano-israélien était de provoquer un changement de régime en Iran. Non seulement, il n’a pas eu lieu, mais la république islamique d’Iran est sortie de ces longs mois d’agression étrangère plus forte que jamais à tous les niveaux. En politique intérieure, la cohésion nationale s’est renforcée, le peuple s’est unifié, ou réunifié, derrière son gouvernement et son armée. En effet, les Iraniens pro-occidentaux, qui manifestaient pendant l’hiver en appelant au soutien des USA, ont été bombardés par les USA, eux aussi, au nom de la démocratie, et ils ont donc rapidement compris qui était leur véritable ennemi. D’après nos sources sur place, Hamed Ghashghavi et Adnan Azzam, cela concerne aussi les Iraniennes féministes qui refusent de porter le voile et qui sont en nombre croissant, mais qui sont désormais parfaitement solidaires du régime islamique malgré tout. Et sur la scène internationale, l’Iran apparaît maintenant comme le fer de lance victorieux de la résistance à l’impérialisme occidental et au sionisme. (2)
Comment le gouvernement iranien a-t-il accompli cette performance de guerre asymétrique ? Comment a-t-il réussi à battre un ennemi plus fort ? Quand on a des lacunes en attaque, il faut tout miser sur la défense. C’est ce qu’on m’a expliqué quand je suis allé en Iran pour un colloque international dans le cadre des conférences New Horizon tenues entre 2012 et 2019. J’ai publié en ligne récemment un article rétrospectif sur l’histoire de cette initiative de « soft power » particulièrement réussie. (3) Ces rencontres internationales étaient organisées par l’État profond iranien, et son émanation dans les Pasdaran, ce groupe militaire d’élite, connu également sous le nom du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique (CGRI). Un membre des Pasdaran nous avait expliqué entre deux séances plénières que les stratèges militaires iraniens avaient étudié minutieusement le bombardement atomique des USA sur les civils japonais, à Hiroshima et Nagazaki, en 1945. Les mêmes stratèges militaires iraniens ont ensuite appliqué ce modèle à l’Iran pour en tirer une stratégie de défense dite en mosaïque. Cette stratégie doit permettre à leur État-nation de résister à une attaque nucléaire sur ses cinq villes majeures (Téhéran, Ispahan, Chiraz, etc.), et de continuer à fonctionner malgré tout, sans se disloquer et disparaître dans l’anarchie. J’ai compris à ce moment que l’Iran était en fait un immense bunker, un abri anti-atomique à l’échelle d’un pays entier. Tout le pays est un château-fort. Ou plus exactement, l’Iran est un réseau décentralisé de places fortes, de forteresses locales, chacune capable d’exister de façon autonome et de reconstituer un État viable à partir de n’importe laquelle de ses parties, même si les autres sont toutes détruites.
On a vu aussi cette capacité de résilience et de régénération dans le personnel politique et les élites dirigeantes : l’ennemi peut décimer la première ligne, mais une deuxième ligne de remplaçants est capable de prendre la relève immédiatement, puis une troisième, etc. Pour user d’une métaphore sportive, chaque individu est au service du jeu collectif, et l’organigramme de l’équipe l’emporte sur l’ego. C’est cette abnégation et ce sens du sacrifice individuel qui assure la continuité de l’État et de la communauté nationale. On parle parfois de « peuples en armes ». En voilà un. Les Iraniens étaient parfaitement préparés depuis des décennies à l’attaque massive qu’ils ont subie et qui devait renverser le gouvernement comme en Irak ou en Libye, mais qui n’a fait que le renforcer. Ils appliquent la parole de Nietzsche : « Ce qui ne me tue pas, me rend plus fort ». Plus encore que l’islam, je crois que la vraie religion des Iraniens est le survivalisme. La militarisation complète du pays, de la mentalité populaire aux usines à drones, en passant par la géographie du détroit d’Ormuz, articule ainsi le long terme, la stratégie de survie, et le court terme, la tactique, c’est-à-dire des moyens concrets limités mais utilisés intelligemment et efficacement. Le protocole d’accord est l’expression de cette double exigence. Mais sa durabilité est menacée car les ennemis de l’Iran en Israël et aux USA feront tout pour saboter la paix et reprendre leur guerre hybride, à base de sanctions économiques visant à dresser la population contre le gouvernement, et faisant usage d’armes conventionnelles et non-conventionnelles de toutes sortes.
2) Après l’accord du 19 juin, peut-on dire qu’Israël a atteint ses objectifs stratégiques ? Quel rôle jouera Israël après cet accord ?
Pour de nombreux Israéliens, la sécurité d’Israël passe nécessairement par un changement de régime en Iran, de sorte que ce pays devienne pro-israélien et abandonne le Hezbollah, la cause palestinienne et son programme nucléaire. Et si le changement de régime n’est pas possible, alors il faut envisager sérieusement la destruction de l’Iran. Ces objectifs stratégiques n’ont pas été atteints, loin s’en faut, c’est même un échec retentissant. C’est aussi pourquoi de plus en plus d’Israéliens se sentent abandonnés par les USA, livrés à leur propre sort, et considèrent que leur pays doit arrêter de compter sur la protection américaine, pour devenir complètement autonome et être en capacité d’assurer tout seul sa sécurité. Les Israéliens peuvent effectivement se faire du souci si le Parti Démocrate revient au pouvoir. La gauche wokiste est viscéralement antisioniste. Par contre, Donald Trump et le Parti Républicain n’abandonneront jamais Israël, en bons White Anglo-Saxons Protestants (WASP) conservateurs, au nom de la Bible et de l’unité de la civilisation occidentale judéo-chrétienne.
Néanmoins, un schisme semble apparaître au sein du monde sioniste, entre un sionisme dominateur mais réaliste, celui de Donald Trump, qui veut faire rayonner l’Occident judéo-chrétien sur le monde entier, mais qui est aussi capable de négocier avec l’adversaire iranien quand il lui résiste, et un sionisme complètement fou, animé de pulsions sadomasochistes inquiétantes, celui de Benjamin Netanyahou et des suprémacistes juifs comme Itamar Ben Gvir, Bezalel Smotrich, Israel Katz. Pour ces individus, qui sont d’authentiques sociopathes, il faut à tout prix entretenir une menace sécuritaire permanente planant sur Israël. C’est pourquoi Netanyahou a laissé faire l’attaque terroriste du Hamas le 7 octobre 2023. Le complexe d’encerclement, ou complexe de Massada, est un outil de contrôle social par la peur très efficace. Ce courant politique morbide et suicidaire, connu historiquement sous le nom de « sionisme révisionniste », a besoin d’être continuellement en danger et au bord du gouffre pour se sentir exister, et il jubile secrètement après l’accord négocié par Trump, qui est à l’avantage de l’Iran, ce qui est perçu comme une catastrophe en Israël. L’antisémitisme est un moteur du sionisme, comme le reconnaissait Theodor Herzl en son temps. Plus récemment, Raphaël Jerusalmy, un franco-israélien, ancien membre du renseignement militaire, faisait la remarque suivante : « Itamar Ben Gvir crée de l’antisémitisme et Netanyahou ne fait rien pour l’arrêter ». (4)
Pour entretenir un foyer permanent d’antisémitisme et d’antisionisme, Israël doit être le plus détestable possible avec ses voisins et avec le monde entier. Au risque de fâcher son protecteur américain. Le journaliste américain Chris Hedges a publié un article qui résume bien les tensions actuelles entre Israël et les USA : « Israël sabote les négociations avec l’Iran et s’aliène son dernier allié important [USA] en refusant de cesser ses attaques contre le Liban et de se retirer du sud du pays. Il est déterminé à raviver un conflit régional qui pourrait entraîner la fermeture permanente du détroit d’Ormuz par l’Iran et plonger l’économie mondiale dans une récession planétaire. Et il poursuit son génocide à Gaza. » (5)
3) L’une des raisons pour lesquelles Trump a retiré les États-Unis du JCPOA était que cet accord avait été signé par Barack Hussein Obama. Bien que, cette fois-ci, Trump ait lui-même signé un accord, sommes-nous face à un accord durable ou faut-il s’attendre à l’effondrement du nouvel accord ?
Comme vous le signalez, cette bataille autour de l’accord sur le nucléaire iranien a aussi une dimension de politique intérieure aux USA. Une révolution de l’opinion publique est en cours sur les questions géopolitiques et internationales, notamment dans le rapport à Israël, et pour bien la comprendre, il faut reconstituer le rapport de forces qui existe au sein de l’État profond américain. Ce Deep State n’est pas unifié, il est divisé en deux hémisphères : la droite pro-israélienne, dont l’organe est le Parti Républicain, et la gauche pro-iranienne, dont l’organe est le Parti Démocrate. Avec le JCPOA, l’accord sur le nucléaire iranien signé en 2015, Barack Hussein Obama tendait la main à l’Iran, et cela ne doit rien au hasard. Obama obéissait à son mentor, le fameux Zbigniew Brzezinski (1928-2017), qui fit l’essentiel de sa carrière au Parti Démocrate, conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter de 1977 à 1981, mais aussi cofondateur des talibans et d’Al-Qaïda en Afghanistan dans les années 1980 pour lutter contre l’URSS. Le 15 janvier 1998, Zbigniew Brzezinski répondait à un entretien du Nouvel Observateur : « Selon la version officielle de l’histoire, l’aide de la CIA aux moudjahidines a débuté courant 1980, c’est-à-dire après que l’armée soviétique eut envahi l’Afghanistan, le 24 décembre 1979. Mais la réalité, gardée secrète jusqu’à présent, est tout autre : c’est en effet le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l’assistance clandestine aux opposants du régime pro-soviétique de Kaboul. » Et à la question du journaliste Vincent Jauvert « Vous ne regrettez pas non plus d’avoir favorisé l’intégrisme islamiste, d’avoir donné des armes, des conseils à de futurs terroristes ? », Brzezinski répondait « Qu’est-ce qui est le plus important au regard de l’histoire du monde ? Les talibans ou la chute de l’empire soviétique ? Quelques excités islamistes ou la libération de l’Europe centrale et la fin de la guerre froide ? » (6)
Zbigniew Brzezinski était représentatif de cette nouvelle gauche anti-soviétique en période de guerre froide, et anti-russe aujourd’hui, mais capable de faire alliance avec des islamistes. Il était aussi l’émanation de cette partie de l’État profond plutôt pro-palestinienne et critique d’Israël. En 2002, Brzezinski décrivait déjà le renversement complet de l’image d’Israël dans le triangle de Karpman international. L’État hébreu était, selon lui, en train de perdre sa place de victime, pour occuper celle du bourreau dans l’opinion publique mondiale, à la suite d’une réponse disproportionnée contre les Palestiniens, dissimulant mal un authentique projet de nettoyage ethnique : « D’un point de vue moral, c’est une tragédie que le peuple juif – qui a tant souffert et qui a eu l’ascendant moral dans une grande partie de ce conflit – soit en train de perdre cette position aux yeux de la plupart dans le monde, parce qu’il est plus fort, plus dur, et qu’il a tué beaucoup plus de Palestiniens que les Palestiniens n’ont tué d’Israéliens. » (7)
Dans un article du 23 avril 2006, Zbigniew Brzezinski prenait carrément la défense de l’Iran et de son programme nucléaire, et cherchait à démonétiser et vider de sa substance tout nouvel attentat sous faux drapeau, du type 11 septembre, qui serait cette fois attribué aux Iraniens, et servirait de prétexte à de nouvelles opérations militaires de frappes préventives : « En cas de nouvel attentat terroriste aux États-Unis, il est quasiment certain que l’Iran sera immédiatement accusé d’en être responsable, dans le but de susciter une hystérie collective justifiant une intervention militaire. Mais il existe quatre raisons convaincantes de s’opposer à une frappe aérienne préventive contre les installations nucléaires iraniennes : (…) » (8)
En 2012, à l’occasion d’une conférence organisée par le National Iranian American Council, Brzezinski enfonçait le clou et confirmait son rôle d’avocat de l’Iran face à Israël. Pire, il osait remettre en question la solidarité automatique entre les USA et Israël et affirmait l’indépendance des USA face au sort d’Israël et à ses décisions : « Je ne pense pas qu’il y ait une obligation implicite pour les États-Unis de suivre comme une mule stupide tout ce que font les Israéliens. (…) S’ils décident de déclencher une guerre, simplement en partant du principe que nous y serons automatiquement entraînés, je pense qu’il est de notre devoir, par amitié, de leur dire : vous ne prendrez pas de décisions nationales à notre place. Je pense que les États-Unis ont le droit d’avoir leur propre politique de sécurité nationale. » (9)
En récapitulant les engagements profonds de Zbigniew Brzezinski, qui évoquent ceux de Michel Foucault, Judith Butler, mais aussi de George Soros, on comprend mieux l’évolution de la gauche libertaire américaine, islamophile, critique d’Israël jusqu’à l’antisionisme déclaré, anti-soviétique et russophobe, et qui est devenue, en y ajoutant le LGBT, ce que l’on appelle désormais la gauche woke, ou l’islamo-gauchisme. Et l’on comprend également la précarité du lobby sioniste aux USA, que certains dépeignent comme tout-puissant, mais qui n’a jamais eu vraiment d’emprise sur cette partie gauche du Deep State, incarnée naguère par Brzezinski et Barack Obama, et maintenant par le maire musulman de New-York, Zohran Mamdani, et ses amis réunis dans The Squad, versions 1 et 2. (10)
Pour conclure : le nouvel accord avec l’Iran signé par Trump a donc toutes les chances d’être durable, pour une raison très simple, tout le monde le veut, sauf la branche la plus extrémiste du sionisme, mais qui devient minoritaire aux USA. En effet, l’opinion publique évolue dans le sens d’un éloignement d’Israël, y compris au Parti Républicain, sous l’influence de la base MAGA. Un article du Guardian résumait la nouvelle donne : « La frustration des jeunes, face au complexe militaro-industriel, à l’hypocrisie de la politique étrangère américaine et à l’influence de l’argent en politique a atteint son paroxysme avec le soutien des États-Unis à la guerre menée par Israël à Gaza. Dans un revirement spectaculaire, près de 60 % des Américains ont désormais une opinion défavorable d’Israël, dont 80 % des démocrates et 57 % des républicains de moins de 50 ans, selon une étude du Pew Research Center. » (11)
4) Cet accord modifie-t-il de manière durable l’équilibre géopolitique du Moyen-Orient, notamment dans les relations entre l’Iran, Israël, les monarchies du Golfe Persique, la Chine et la Russie ?
Voyons ce que les Iraniens eux-mêmes disent de la situation. Ils sont les mieux placés pour le savoir. Je propose ici un extrait de la version francophone de Press TV, un média gouvernemental qui fait autorité pour suivre l’actualité au Moyen-Orient car il exprime fidèlement ce que l’on pense dans les sphères du pouvoir iranien, notamment chez les Pasdaran : « Mission inachevée : les États-Unis visaient la "capitulation sans condition" de l’Iran, mais ont vu émerger une nouvelle puissance régionale. (…) Cette prise de conscience a profondément modifié les calculs de tous les acteurs régionaux. Les monarchies du golfe Persique, entre autres, doivent désormais composer avec un contexte stratégique dans lequel les garanties de sécurité de Washington ne sont plus fiables. L’accord conclu avec l’Iran reconnaît que le dialogue avec Téhéran n’est pas une option, mais une nécessité. L’avenir de la région ne sera pas façonné par les préférences américaines, mais par les réalités iraniennes. » (12)
5) Quelle est votre analyse des négociations sur la question nucléaire iranienne ? Verra-t-on un accord final entre l’Iran et les États-Unis ?
L’attaque américano-israélienne du 28 février 2026 a été totalement contre-productive à tous les niveaux, et en particulier sur cette question du nucléaire iranien. Elle a en effet radicalisé le pouvoir iranien, lequel, selon de nombreuses sources, ne cherchait pas vraiment à obtenir l’arme nucléaire, mais qui a reconsidéré sa position depuis quelques semaines. Larry Johnson mentionnait dans un article le contenu d’un rapport du renseignement américain qu’on lui avait fuité, ainsi qu’à Pepe Escobar : « Je tiens à souligner que je soutiens fermement les évaluations passées des services de renseignement américains selon lesquelles l’Iran, jusqu’à présent, n’avait aucun intérêt à se doter de l’arme nucléaire. Cependant, il semble que l’attaque surprise du 28 février, qui a suivi la révolution colorée avortée tentée fin décembre 2025, ait joué un rôle décisif dans le changement de position de l’Iran sur cette question. Voici un extrait de ce que Pepe Escobar et moi avons reçu jeudi dernier : (…) ». (13)
Ceci étant dit, la question du nucléaire iranien est un jeu de dupes, dont personne n’est dupe, du moins dans les hautes sphères du pouvoir international, où tout le monde sait bien que l’Iran est ce que l’on appelle un « pays du seuil » ou « État du seuil ». C’est-à-dire que l’Iran a depuis longtemps les moyens scientifiques, théoriques et pratiques, d’avoir la bombe atomique très vite, mais se maintient volontairement juste en dessous du seuil de la réalisation concrète, pour que l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) ne s’alarme pas. Il semble que cette époque soit révolue.
6) Depuis plusieurs jours, d’importantes cérémonies d’hommage à l’ancien Guide suprême Ali Khamenei se déroulent dans différentes villes d’Iran, mais aussi en Irak. Comment interprétez-vous cette mobilisation populaire de grande ampleur ? Quel message adresse-t-elle, selon vous, à Donald Trump et à Benjamin Netanyahou ?
L’ampleur de la mobilisation populaire iranienne et irakienne aux funérailles d’Ali Khamenei, ainsi que la présence de hauts dignitaires issus des BRICS et de leurs associés, tout cela envoie un message géopolitique fort. Les cérémonies d’hommage au Guide suprême iranien ouvrent un nouveau chapitre de l’axe de la résistance, et c’est un véritable pied-de-nez à Donald Trump et Benjamin Netanyahou. En effet, l’expression « axe de la résistance » désignait jusqu’en 2024 l’alliance de l’Iran, du Hezbollah libanais, du Parti Baas en Syrie, des Houthis au Yémen et de divers groupes armés palestiniens et irakiens, tous unis contre l’impérialisme occidental et sioniste, mais aussi contre les pétromonarchies islamiques pro-occidentales et rivales de l’Iran dans le Golfe persique. De son côté, cet impérialisme islamo-occidental, usant de ses services d’action paramilitaire clandestine mais aussi d’acteurs privés comme le cimentier Lafarge, a soutenu sans scrupules pendant des années les terroristes de Daech et Al-Qaïda en Syrie pour faire tomber Bachar Al-Assad, un élément central de l’axe de la résistance. Après la chute de la Syrie en 2024, l’axe de la résistance avait perdu sa continuité territoriale, ce qui compliquait son organisation, d’où des signes d’affaiblissement. La victoire iranienne donne un nouveau souffle à ce mouvement, en renouvelant la martyrologie et le récit fondateur. L’axe de la résistance est en train de se réorganiser et de se renforcer. Cela bénéficiera mécaniquement à la nouvelle route de la soie chinoise et aux BRICS. Les USA et Israël ne font plus peur à personne. La zone UE-OTAN est en plein effondrement à tous les niveaux. C’est maintenant l’Occident qui va se trouver sur la défensive, ce qui n’est pas une bonne nouvelle quand on est occidental, mais c’est comme ça, c’est le jeu du flux et reflux des rapports de force internationaux. Une page de l’histoire mondiale est en train de se tourner sous nos yeux.
Notes.
(1) « Interview de Lucien Cerise, chercheur en ingénierie sociale »
(2) « Où va ce monde », en direct de Téhéran avec Adnan Azzam et Hamed Ghashghavi. Une émission de JSF animée par Claude Janvier et Éric Montana, avec la participation de Maria Poumier et Lucien Cerise.
(3) « Discours de Lucien Cerise en Iran à la conférence New Horizon en 2017 »
(4) « Ben Gvir crée de l’antisémitisme et Netanyahou ne fait rien pour l’arrêter »
(5) « La rupture suicidaire d’Israël avec les États-Unis »
(6) « Oui, la CIA est entrée en Afghanistan avant les Russes »
(7) « Brzezinski: U.S. mishandling Mideast »
(8) « Been there, done that »
(9) « Brzezinski: US Should Not Follow Israel on Iran Like a “Stupid Mule” »
(10) « Squad 2.0: Meet America's next wave of radical Democrats shaping the party's future »
(11) « Will the Mamdani effect make 2028 the year of the leftwing president? »
(12) « Mission inachevée : les États-Unis visaient la "capitulation sans condition" de l’Iran, mais ont vu émerger une nouvelle puissance régionale »
(13) « L’Iran possède-t-il une arme nucléaire ? Une source bien placée dit Oui »
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