15 Apr 2026
Lucien Cerise
Chercheur en ingénierie sociale
Les stratégies indirectes ne marchant pas pour faire tomber l’Iran, la coalition anti-iranienne est donc passée au plan B en revenant aux bonnes vieilles stratégies directes, soit la guerre déclarée.
1) Quelle est votre analyse de la menace de Trump visant à « ramener l’Iran à l’âge de pierre » et du risque d’attaque nucléaire sur l’environnement et la géopolitique ?
Tout d’abord, il faut comprendre que nous ne sommes pas dans le rationnel. C’est la psychologie humaine qui s’exprime. Les outrances verbales de Donald Trump relèvent donc du symptôme. Quand Trump menace de ramener l’Iran à l’âge de pierre, ou de faire mourir la civilisation iranienne, ce qui est une menace de génocide, ou quand Pete Hegseth, ministre de la Guerre, parle d’humilier les Iraniens, on en apprend plus sur la psychologie de Trump et Hegseth, leur monde intime et personnel, fantasmatique, que sur le monde réel. En fait, les dirigeants américains sont dans un énorme système de compensation narcissique. Ils sont jaloux de l’Iran et de sa longévité civilisationnelle. Trump et Hegseth savent que c’est leur civilisation occidentale qui va revenir à l’âge de pierre et qui est en train de mourir à cause de la gauche wokiste, qui n’est que la forme ultime du capitalisme en phase terminale. L’Occident est engagé dans un processus de dé-civilisation qui semble impossible à arrêter. C’est d’ailleurs pourquoi Trump et son équipe se sont engagés sincèrement en politique sur une ligne de droite dure anti-gauchiste, avec ses aspects suprémaciste et sioniste un peu caricaturaux, en croyant relever ainsi le niveau et remettre un peu d’ordre dans le chaos. Mais ils feraient mieux de s’occuper des problèmes de politique intérieure plutôt que de se soulager avec une guerre faisant diversion par rapport aux vraies difficultés des USA : endettement, paupérisation, clochardisation, immigration, insécurité, toxicomanie, obésité, LGBT, analphabétisme, baisse du QI, déclin démographique, etc. C’est plus qu’un effondrement, c’est une extinction. Pour les Américains WASP, blancs, anglo-saxons et protestants, cette guerre en Iran est l’expression maladroite, et même hystérique, d’une angoisse de disparaître totalement dans deux ou trois générations.
Quant au risque nucléaire, il est réel. Les Israéliens parlent librement à la télévision d’attaquer l’Iran avec la bombe à neutrons, variante de l’arme atomique, pour tuer un maximum de gens sans trop dégrader les infrastructures matérielles. C’était le 29 mars sur Channel 14 : « Riklin a demandé pourquoi Israël n’utilisait pas cette bombe, la décrivant comme un type de bombe atomique capable de tuer des populations sans endommager les bâtiments. » On apprend dans la même discussion que les Israéliens auraient déjà fait usage de l’arme nucléaire pour frapper l’Iran : « Lorsque la discussion a porté sur les informations selon lesquelles Israël aurait attaqué un site de missiles près du détroit d’Ormuz avec des armes non-conventionnelles, un journaliste a déclaré : "Je n’ai pas dit ça", avant de remarquer, avec un sourire adressé à Ben-Gvir : "Je reconnais votre sourire, ministre Ben-Gvir, vous cachez quelque chose ici." » (1) Et Ben-Gvir, ministre de la Sécurité nationale, de répondre qu’il ne pouvait pas s’exprimer sur ce sujet, mais sans démentir. Ce sont peut-être des armes nucléaires tactiques, ce que les anglophones appellent des mini-nukes, soit des petites bombes atomiques. Il y aura des conséquences prévisibles sur l’environnement et la santé des Iraniens. On sait depuis Marie Curie que la radioactivité est cancérigène. Mais pour les Israéliens, cela fait simplement partie des effets secondaires de leur arsenal nucléaire. Et l’on comprend mieux pourquoi les Iraniens aimeraient bien se doter de quelques ogives, eux aussi. C’est le principe de la course aux armements et de la prolifération nucléaire. Si les Israéliens font usage de l’arme nucléaire, même à petites doses, pourquoi pas les Iraniens ?
2) Quelles seraient les conséquences politiques et énergétiques si le conflit débouchait sur une invasion terrestre de l’Iran ?
Les conséquences seraient graves d’abord pour les envahisseurs, avec des pertes humaines effroyables. Les Iraniens sont chez eux, ils savent qu’ils ont la légitimité et la légalité pour eux, et une invasion étrangère les renforcerait moralement encore davantage. Heureusement, ou malheureusement, c’est selon le point de vue, aucune armée n’a les moyens concrets, techniques et humains, d’une invasion terrestre de l’Iran (sauf peut-être la Chine, mais ce n’est pas du tout son intention). En effet, la technologie et les missiles ne suffisent pas pour réussir une invasion au sol, il faut des ressources humaines que les Occidentaux n’ont plus. Les USA pouvaient encore envahir l’Irak avec des troupes au sol en 2003, mais cette époque est totalement révolue. Cependant, même sans invasion terrestre, on observe des conséquences énergétiques évidentes qui se focalisent autour du détroit d’Ormuz. Il faut toujours rappeler qu’avant la guerre, le passage des bateaux de commerce, notamment pétroliers, était libre. Maintenant, à cause de l’agression coordonnée des USA, d’Israël et des pétromonarchies, l’Iran a pris le contrôle du détroit, ce qui provoque des conséquences en cascade, à commencer par l’augmentation du prix des carburants automobiles, ce qui accélère mécaniquement les politiques de transition énergétique en Occident pour passer de l’énergie fossile à l’énergie renouvelable. La réflexion sur la souveraineté énergétique en Occident est peut-être la seule conséquence positive de ce conflit. Le premier ministre français, Sébastien Lecornu, a exposé en conférence de presse que la France allait passer au tout électrique, pour ne plus être dépendant du pétrole et du gaz étranger. Il va donc falloir reconstruire le parc des centrales nucléaires françaises, car les éoliennes sont une escroquerie à tous les niveaux, économique comme écologique, et le photovoltaïque ne permettra jamais d’alimenter en énergie une société comme la nôtre, surtout dans le nord, où l’ensoleillement ne sera jamais suffisant.
3) Le Kribi, premier navire français à traverser le détroit d’Ormuz, a effectué son passage avec succès le jeudi 2 avril. Quel rôle la diplomatie, sans recourir à une intervention militaire française, pourrait-elle jouer dans cette région tendue ?
La France peut tenter la solution diplomatique assez facilement car elle appartient à une autre chaîne de commandement que les USA. En Occident, on observe deux grands systèmes militaires, avec deux buts de guerre parfaitement distincts. D’une part, il y a le régime de Bruxelles, soit l’Union Européenne et l’OTAN, dont l’idéologie est de gauche wokiste, et dont l’ennemi est la Russie. Et d’autre part, il y a le système islamo-sioniste, formé par la droite américano-israélienne, alliée aux pétromonarchies sunnites du Golfe persique, dont l’ennemi est l’Iran chiite, mais qui s’entend avec la Russie. La France appartient au régime de Bruxelles, elle est donc lourdement impliquée en Ukraine et contre la Russie, mais elle n’a aucun problème avec l’Iran. Quand Donald Trump a demandé aux Européens de l’aider, la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, et les principaux dirigeants élus, Emmanuel Macron, Friedrich Merz, Giorgia Meloni, Pedro Sánchez, ont tous répondu : « Ce n’est pas notre guerre ! » Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a confirmé ne pas vouloir engager son alliance militaire. La diplomatie française, et plus largement européenne, est donc en guerre contre la Russie mais souhaite la paix avec l’Iran, et a donc une carte à jouer pour faire baisser les tensions dans cette région du Proche et Moyen-Orient.
4) Quelles ont été les conséquences politiques et environnementales des attaques menées par les États-Unis et Israël sur les infrastructures critiques de l’Iran, telles que les ponts, les raffineries et les centrales électriques ?
La principale conséquence politique de ces attaques est d’unir les Iraniens contre l’agression étrangère. C’est donc parfaitement contre-productif pour les États-Unis, Israël et les pétromonarchies puisque cela renforce leur ennemi. Pour rappel historique : les services secrets américains et israéliens, CIA et Mossad, ont essayé en janvier 2026 de provoquer un changement de régime en Iran avec une opération d’ingénierie sociale de type « révolution colorée » consistant à diviser le peuple iranien contre lui-même, mais cela a échoué. (2) Le Mossad a même reconnu publiquement être infiltré en Iran pour soutenir les agitateurs. (3) Le projet de renverser le gouvernement iranien pour mettre au pouvoir un pion de l’Occident a été documenté par un média israélien, Haaretz, qui a fait fuiter cette opération clandestine de coup d’État maquillé en pseudo-révolution populaire spontanée dans un article intitulé : « L’opération d’influence israélienne visant à installer Reza Pahlavi comme Shah d’Iran ». (4) Les stratégies indirectes ne marchant pas pour faire tomber l’Iran, la coalition anti-iranienne est donc passée au plan B en revenant aux bonnes vieilles stratégies directes, soit la guerre déclarée. La destruction des infrastructures critiques possède deux objectifs, un civil et un militaire. Tout d’abord, faire plier le peuple iranien en le démoralisant. C’est un échec également. L’objectif militaire peut en revanche rencontrer un succès relatif pour ce qui concerne les frappes sur les centrales électriques et sur les sources d’énergie en général. Je dis bien relatif car l’armée iranienne dispose de ses propres ressources énergétiques indépendantes des civils, comme toutes les armées, et n’est impactée que marginalement par ces destructions. L’attaque des voies de communication terrestres est beaucoup plus problématique. Les ponts détruits seront reconstruits, mais ce n’est pas instantané, et cela peut conférer un avantage tactique à l’agresseur en ralentissant le déploiement au sol des forces iraniennes. Les conséquences environnementales des attaques sont effrayantes. C’est un désastre sanitaire et écologique. On a vu d’immenses panaches de fumée noire causés par les frappes sur les raffineries de pétrole, qui ont obscurci le ciel et provoqué une importante pollution et des pluies acides : « La fumée provenant des dépôts de pétrole bombardés contient également du dioxyde de soufre (SO2) et du dioxyde d’azote (NO2), deux gaz qui peuvent se transformer en acide sulfurique et en acide nitrique dans l’atmosphère. Dissous dans les gouttes d’eau, ces éléments sont à l’origine des pluies acides. » (5) La faune et la flore sont lourdement impactées, mais quand les humains se font la guerre, le sort des animaux et des végétaux est le dernier de leur souci. On peut parler d’un écocide, ou d’un biocide.
5) Selon vous, quel impact a eu le cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l’Iran sur la situation des deux parties ?
Je vois deux impacts. Le premier : cette pause de deux semaines va permettre à tout le monde de reconstituer ses forces, de faire le bilan, et à un nouveau paysage géopolitique d’émerger. L’Iran a remporté la première manche de cette guerre asymétrique opposant un fort et un faible, et voyant la victoire du faible, comme dans l’histoire de David et Goliath. C’est un cas d’école qui sera étudié dans les académies militaires. Les recherches de Sophie Lefeez sur l’illusion technologique dans la pensée militaire trouvent là une illustration éclatante. (6) La supériorité technique de USA ne leur a pas conféré la victoire rapide dont ils rêvaient. Pire encore : les planificateurs américains ont accordé une confiance totale dans l’intelligence artificielle, ce qui a été également un facteur d’erreur, à cause du phénomène des hallucinations virtuelles et de la sycophantie, quand l’IA dit à l’humain ce qu’il veut entendre et renforce ses biais idéologiques au lieu de les corriger. (7) Un impact secondaire de ce cessez-le-feu est de dévoiler qui veut quoi vraiment, la détermination réelle des uns et des autres à faire la guerre. Les pétromonarchies sont mitigées. Côté musulman, la guerre interne et structurelle à l’Islam entre sunnites et chiites, rivaux et frères ennemis de part et d’autre du Golfe persique, existe depuis des siècles. Aujourd’hui, elle est gagnée par l’Iran chiite, ce qui va peut-être faire réfléchir les monarchies sunnites. Constatant que l’armée des USA n’a plus les moyens de les protéger, elles pourraient relativiser leur alliance avec les Occidentaux pour se rapprocher de l’Iran. Côté américain, ce conflit est en gestation depuis la révolution iranienne de 1979 qui voit un gouvernement indépendant de l’Occident arriver au pouvoir. Les opposants à la guerre sont cependant très nombreux aux USA, y compris au gouvernement. Dans son rôle d’arbitre, et suivant son expérience de businessman et négociateur, le président Trump essaye d’équilibrer cette tendance pacifiste avec le lobby sioniste (chrétien et juif) auquel il appartient aussi et qui souhaite poursuivre le rapport de force contre l’Iran aux côtés d’Israël. Quant aux Iraniens, ils ont maintenant de bonnes raisons, étalées aux yeux du monde entier, de développer leur programme nucléaire, sans tenir aucun compte de ce que disent les USA et Israël. Les combats vont certainement reprendre car le premier round des négociations menées samedi 11 avril a échoué. Après le cessez-le-feu, on reviendra au minimum à une guerre hybride, appuyée sur les stratégies indirectes, la ruse et la mobilisation des civils, sanctions économiques, etc. Mais la coalition anti-iranienne entraîne le monde dans le désastre si les hostilités ouvertes reprennent. Plus grave : si cette guerre pour Israël, et sans aucun intérêt pour les USA, dure trop longtemps, ce sera une débâcle électorale pour Trump et le Parti Républicain aux élections de mi-mandat des USA. Le Parti Démocrate et son programme wokiste, islamo-gauchiste, anti-sioniste et pacifiste, reprendra le pouvoir, soutenu par une partie de la droite anti-guerre, déçue par Trump et devenue anti-sioniste également. La montée de l’anti-sionisme dans l’opinion publique mondiale est d’ailleurs une conséquence majeure de ce conflit.
(1) « Israeli minister avoids direct answer, laughs as journalist suggests using neutron bomb on Iran »
https://www.youtube.com/shorts/CFI-PBJvwbw
(2) « Iran : le Mossad israélien annonce soutenir "sur le terrain" les manifestants »
https://www.lefigaro.fr/international/iran-le-mossad-israelien-annonce-soutenir-sur-le-terrain-les-manifestants-20251231
(3) Message du Mossad en farsi publié sur X.
https://x.com/MossadSpokesman/status/2005649986504237381
(4) « The Israeli Influence Operation Aiming to Install Reza Pahlavi as Shah of Iran »
https://www.haaretz.com/israel-news/security-aviation/2025-10-03/ty-article-magazine/.premium/the-israeli-influence-operation-in-iran-pushing-to-reinstate-the-shah-monarchy/00000199-9f12-df33-a5dd-9f770d7a0000
(5) « Que sont vraiment les "pluies acides" tombées sur l’Iran ? Un chimiste explique le phénomène »
https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/2026-03-11/que-sont-vraiment-les-pluies-acides-tombees-sur-l-iran-un-chimiste-explique-le-phenomene-58d7b540-4bfd-4ce4-ab6d-7debcff7d8a0
(6) « Gagner la guerre : l’illusion de la course au high-tech »
https://www.youtube.com/watch?v=9j9VXfWQQnc
(7) « La guerre d’Iran a-t-elle été causée par une psychose liée à l’IA ? »
https://reseauinternational.net/la-guerre-diran-a-t-elle-ete-causee-par-une-psychose-liee-a-lia/
Sur X : @CeriseLucien
Diplômé en philosophie, linguistique et communication, chercheur indépendant en ingénierie sociale
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