Une vaste
étude internationale met en lumière la manière dont le changement climatique et les événements météorologiques extrêmes transforment les dynamiques migratoires mondiales. Elle montre que l’enjeu ne réside pas seulement dans le nombre de personnes qui se déplacent, mais surtout dans quels groupes sociaux peuvent migrer — et lesquels en sont empêchés.
Du Pakistan à l’Amérique centrale : la pression climatique alimente les déplacements
Les inondations de la mousson de 2022 au Pakistan, qui ont déplacé 33 millions de personnes, ou encore l’exode rural croissant en Amérique centrale vers les États-Unis, illustrent l’impact des chocs climatiques sur les populations. Jusqu’ici, toutefois, les preuves scientifiques sur ce lien restaient fragmentées et contradictoires.
L’étude, qui s’appuie sur un jeu de données inédit couvrant 71 pays pour les migrations internes et 168 pour les flux transfrontaliers (1988–2019), révèle que la chaleur extrême et le stress hydrique n’affectent pas tout le monde de la même manière. L’âge, le niveau d’éducation et les conditions socio-économiques déterminent largement qui peut partir et qui reste.
Qui migre, qui reste piégé
Les chercheurs confirment que les pressions environnementales poussent certains à quitter des zones vulnérables, tandis qu’elles enferment d’autres populations dans une « trappe d’immobilité », faute de ressources pour migrer.
Ainsi, les vagues de chaleur et la sécheresse augmentent la migration chez les adultes plus âgés et peu instruits, souvent dépendants de l’agriculture. En revanche, les plus jeunes et les moins instruits — pourtant très vulnérables — migrent moins, faute de moyens.
Le rôle de l’éducation est déterminant. Dans les zones tropicales, les canicules stimulent la migration des groupes les plus instruits, alors qu’elles n’ont presque aucun effet sur les moins instruits. À l’inverse, les sécheresses et les inondations poussent plutôt les populations faiblement éduquées à se déplacer, comme l’a montré l’exode rural vers Nairobi lors de la sécheresse au Kenya (2008–2010), multiplié par six.
Une puissance prédictive accrue grâce à la démographie
Les modèles intégrant ces variables démographiques offrent une capacité prédictive cinq à douze fois supérieure aux approches classiques qui supposent des comportements migratoires homogènes.
Globalement, les chocs climatiques expliquent une part limitée des migrations transfrontalières (environ 0,4 % de la variation), mais une proportion plus notable des migrations internes (près de 1 %). La proximité géographique et culturelle demeure un facteur dominant, mais les chercheurs rappellent que les chocs climatiques constituent une force réelle, et qu’ils n’affectent pas tout le monde de la même manière.
Perspectives pour la fin du siècle
À l’horizon 2100, les projections sont contrastées. Dans un scénario climatique intermédiaire (SSP2-4.5), les taux de migration pourraient varier de –31 % à +26 % par rapport à aujourd’hui. Les adultes plus âgés et moins instruits devraient migrer davantage, tandis que les jeunes faiblement éduqués migreraient moins — non pas parce qu’ils seraient protégés, mais parce qu’ils seraient trop contraints pour partir.
Les auteurs appellent à repenser le débat sur la « migration climatique » :
« La question n’est pas seulement de savoir combien de personnes bougeront sous l’effet du climat », concluent-ils, « mais qui pourra bouger — et qui restera derrière. »
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