Alors que des températures record frappent plusieurs villes hôtes de la Coupe du monde en Amérique du Nord, une coalition réunissant des organisations environnementales, des professionnels de santé et des footballeurs professionnels appelle la FIFA à mettre fin à son partenariat avec Saudi Aramco, le géant pétrolier public saoudien et partenaire officiel de la compétition dans la catégorie énergie.
À Los Angeles, devant le SoFi Stadium où se disputait un match à élimination directe entre la Belgique et l'Iran, des centaines de manifestants se sont rassemblés pour dénoncer ce partenariat. Brandissant des pancartes appelant la FIFA à « abandonner Aramco », ils ont participé à une journée d'action coordonnée organisée devant plusieurs stades accueillant la Coupe du monde ainsi que d'autres grandes enceintes sportives aux États-Unis.
Pour les organisateurs, le football ne devrait pas servir de vitrine publicitaire aux entreprises liées aux énergies fossiles.
Un partenariat vivement contesté
Saudi Aramco a signé fin 2024 un contrat de quatre ans avec la FIFA, dont la valeur est estimée à environ 400 millions de dollars, soit près de 100 millions de dollars par an. Cet accord lui confère l'exclusivité dans le secteur de l'énergie pour la Coupe du monde masculine 2026 ainsi que pour la Coupe du monde féminine 2027.
Les critiques estiment que cette collaboration est en contradiction avec les engagements climatiques affichés par la FIFA. Selon plusieurs études citées par les opposants, Aramco figure parmi les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre au monde, représentant à elle seule 4,28 % des émissions mondiales de CO₂ d'origine industrielle en 2024.
Madeleine Orr, spécialiste de l'écologie du sport à l'Université de Toronto, considère que ce partenariat compromet la crédibilité des engagements de la FIFA en matière de développement durable.
La chaleur au cœur des inquiétudes
La contestation intervient alors que la compétition se déroule sous une chaleur exceptionnelle. Des analyses climatiques montrent que la plupart des villes hôtes connaissent aujourd'hui des épisodes de chaleur plus intenses qu'au cours des précédentes Coupes du monde organisées en Amérique du Nord.
Plusieurs experts de la santé estiment que ces conditions représentent un risque croissant pour les joueurs, les arbitres, les bénévoles et les supporters.
Vingt-et-un médecins et scientifiques ont ainsi adressé une lettre ouverte à la FIFA, demandant le renforcement des protocoles de protection contre les fortes chaleurs et l'abandon des partenariats avec les entreprises des énergies fossiles.
Selon la Dre Samantha Green, présidente de l'Association canadienne des médecins pour l'environnement, les émissions liées aux combustibles fossiles contribuent directement au réchauffement climatique, mettant désormais en danger la pratique même du sport.
L'ancien footballeur professionnel anglais David Wheeler partage cette analyse, estimant que les joueurs sont de plus en plus amenés à évoluer dans des conditions extrêmes susceptibles d'affecter leur santé.
Des joueuses interpellent la FIFA
En octobre 2024, plus de 130 footballeuses professionnelles issues de 27 pays avaient déjà demandé à la FIFA de renoncer à son partenariat avec Aramco.
Dans une lettre adressée au président de la FIFA, Gianni Infantino, elles dénonçaient un accord qu'elles jugeaient incompatible avec les valeurs du football. Plusieurs signataires ont également évoqué les préoccupations liées au bilan de l'Arabie saoudite en matière de droits humains, notamment concernant les droits des femmes et des personnes LGBTQ+.
La FIFA défend son choix
La FIFA assume toutefois pleinement ce partenariat. L'organisation affirme que les revenus commerciaux générés par ses partenaires permettent de financer le développement du football dans plus d'une centaine de pays.
Elle indique prévoir environ 14 milliards de dollars de recettes pour la période 2027-2030, dont près de 90 % seraient réinvestis dans le développement du football mondial.
De son côté, Aramco présente cette collaboration comme un moyen d'utiliser le sport pour favoriser des opportunités, soutenir le développement et contribuer à des initiatives sociales.
Un débat qui dépasse la Coupe du monde
Les mobilisations ne visent pas uniquement la FIFA. Aux États-Unis, plusieurs manifestations ont également ciblé des équipes professionnelles de baseball et d'autres clubs sportifs en raison de leurs partenariats avec des entreprises pétrolières ou des institutions financières investissant dans les énergies fossiles.
Pour les organisations environnementales, cette campagne s'inscrit dans une remise en question plus large du « sportswashing », une stratégie consistant à utiliser le sponsoring sportif pour améliorer l'image publique d'entreprises ou d'États faisant l'objet de critiques.
Alors que l'Arabie saoudite doit accueillir la Coupe du monde 2034, les opposants au partenariat estiment que le débat dépasse largement le cadre commercial. Selon eux, l'avenir du football est désormais étroitement lié aux enjeux climatiques, et accepter des financements provenant de l'industrie des énergies fossiles constitue un choix aux conséquences environnementales et éthiques importantes.
Comment
Reply