19 May 2026
Tired Earth
Par la rédaction
À première vue, il n’existe aucun lien entre les tensions militaires provoquées au Moyen-Orient et les baleines qui longent les côtes sud-africaines. Pourtant, à des milliers de kilomètres du détroit d’Ormuz et de la mer Rouge, les conséquences indirectes des conflits géopolitiques commencent à se faire sentir jusque dans les eaux où migrent certaines des plus grandes espèces marines de la planète.
À première vue, il n’existe aucun lien entre les tensions militaires provoquées au Moyen-Orient et les baleines qui longent les côtes sud-africaines. Pourtant, à des milliers de kilomètres du détroit d’Ormuz et de la mer Rouge, les conséquences indirectes des conflits géopolitiques commencent à se faire sentir jusque dans les eaux où migrent certaines des plus grandes espèces marines de la planète.
Une nouvelle route coûteuse
Depuis les menaces et sanctions imposées aux navires liés à Israël en mer Rouge fin 2023, de nombreuses compagnies maritimes ont progressivement abandonné la route du canal de Suez pour contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance.
La guerre opposant les États-Unis, Israël et l’Iran, ainsi que les tensions militaires accrues dans le golfe Persique et les voies maritimes voisines, ont contribué à renforcer l’insécurité perçue sur certains axes stratégiques du commerce mondial. Combinée aux attaques menées contre la navigation marchande en mer Rouge depuis la fin de l’année 2023, cette situation a incité de nombreux armateurs à éviter le canal de Suez, le détroit de Bab-el-Mandeb et le détroit d'Ormuz, privilégiant la longue route du cap de Bonne-Espérance. Ce redéploiement du trafic maritime a eu des répercussions inattendues bien au-delà de la région, jusque dans les habitats fréquentés par les baleines au large de l’Afrique australe
Selon des chercheurs sud-africains, cette nouvelle configuration augmente fortement les risques de collision entre navires et cétacés au large de l’Afrique australe — une région déjà considérée comme sensible pour plusieurs espèces de baleines.
Attention ! Risque d'accident !
Des scientifiques de l’université de Pretoria ont observé une explosion du trafic commercial dans ces eaux. Entre mars et avril 2026, près de 90 navires marchands franchissaient chaque jour le cap de Bonne-Espérance, soit environ deux fois plus qu’avant les perturbations en mer Rouge.
Pour les spécialistes des mammifères marins, cette hausse représente une menace majeure. Les collisions avec les navires figurent déjà parmi les principales causes de mortalité des grandes baleines dans le monde, même si beaucoup d’accidents passent inaperçus.
La biologiste Els Vermeulen explique avoir été frappée par des vidéos publiées en ligne par des équipages traversant des groupes très denses de baleines à bosse. Là où certains marins voyaient un spectacle fascinant, les chercheurs redoutaient des impacts invisibles sous la surface.
Le danger est encore accru par la vitesse des cargos. Les scientifiques soulignent que le nombre de navires rapides — ceux naviguant à plus de 27 km/h — aurait quadruplé dans la zone depuis la réorganisation des routes commerciales.
Or, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, certaines espèces de baleines ne fuient pas forcément les navires lorsqu’elles les entendent approcher. Chez les baleines bleues, par exemple, des études ont montré qu’elles peuvent ralentir ou plonger juste sous la surface, augmentant paradoxalement les risques de collision.
La situation inquiète particulièrement pour la baleine franche australe, dont la reconstitution des populations semble déjà fragilisée par le changement climatique. Dans le même temps, les chercheurs constatent depuis plusieurs années l’apparition de vastes regroupements saisonniers de baleines à bosse près du Cap, ce qui accroît encore leur exposition au trafic maritime.
Que faire ?
Face à cette menace, des scientifiques proposent désormais de modifier légèrement certaines routes commerciales autour du cap de Bonne-Espérance. D’après leurs estimations, un simple détour de quelques dizaines de kilomètres pourrait réduire de 20 à 50 % les risques de collision selon les espèces, sans conséquences majeures pour le transport maritime international.
Certaines grandes compagnies ont déjà commencé à adapter leurs itinéraires dans d’autres régions du monde où les baleines sont menacées, notamment au large du Sri Lanka ou de la Grèce.
En Afrique du Sud, chercheurs et ONG souhaitent désormais améliorer la collecte de données grâce à des applications de signalement, au partage de localisation des cétacés ou encore à des caméras embarquées associées à l’intelligence artificielle.
Cette crise rappelle à quel point les écosystèmes mondiaux sont interconnectés. Une guerre maritime dans le golfe d’Aden peut, indirectement, transformer les routes commerciales mondiales et mettre en danger des animaux vivant à l’extrémité opposée du continent africain.
Source : AFP
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