Crise énergétique : le retour du mazout, des pellets et du bois, symptôme d’une politique énergétique aveugle

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Malec Paoli-Devictor

Analyste environnemental et journaliste

Derrière la question très concrète des réserves à constituer pour l’hiver se dessine un problème beaucoup plus profond : celui d’une dépendance énergétique entretenue par des choix politiques de court terme, tandis que l’Europe continue de subir les conséquences des tensions géopolitiques et des politiques belliqueuses menées autour des ressources fossiles.

Les réserves de gaz en Europe - Niveau de remplissage, en %, au 22 août 2026

 


 

La nouvelle flambée des prix de l’énergie remet sur le devant de la scène des solutions que l’on croyait progressivement condamnées à disparaître : mazout, pellets et bois de chauffage. Mais derrière la question très concrète des réserves à constituer pour l’hiver se dessine un problème beaucoup plus profond : celui d’une dépendance énergétique entretenue par des choix politiques de court terme, tandis que l’Europe continue de subir les conséquences des tensions géopolitiques et des politiques belliqueuses menées autour des ressources fossiles.

Les marchés européens sont déjà sous pression. Le prix du gaz TTF s’est rapproché des 70 euros par mégawattheure, alors que les affrontements autour du détroit d’Ormuz perturbent fortement la circulation des méthaniers et fragilisent les approvisionnements européens. Upday — « Menace à 70 € le gaz » Selon les données rapportées par Upday, les réserves européennes de gaz atteignent 64,7 % de leur capacité, contre une moyenne quinquennale de 81,8 % à la même période.

Dans ce contexte, la tentation est grande de revenir vers les combustibles domestiques : remplir sa cuve de mazout, constituer des stocks de pellets ou accumuler du bois avant l’hiver. C’est précisément la question posée par la DHnet — « Mazout, pellets et bois de chauffage ».

Mais répondre à une crise énergétique en encourageant indirectement le retour à ces combustibles pose une question essentielle : sommes-nous réellement en train de résoudre la crise, ou simplement de déplacer ses coûts environnementaux et sanitaires ?

Le mazout reste directement lié au pétrole. Or, le marché pétrolier est lui-même profondément déstabilisé par les tensions géopolitiques. Dans son tableau de bord du 24 août, IFPEN — Marchés pétroliers indiquait un Brent à 93 dollars le baril en moyenne hebdomadaire, dans un contexte marqué notamment par l’intensification des tensions entre Washington et Téhéran et par l’annonce de nouvelles sanctions américaines contre l’Iran.

L’IFPEN souligne également la forte tension sur le marché du diesel, avec des stocks particulièrement bas dans plusieurs régions du monde. La dépendance aux hydrocarbures apparaît donc pour ce qu’elle est : une vulnérabilité stratégique, mais aussi une vulnérabilité écologique.

Et c’est ici que la responsabilité politique doit être interrogée.

À force de suivre les orientations géopolitiques et énergétiques de Washington, notamment dans les affrontements avec l’Iran, l’Europe risque de s’enfermer dans une spirale paradoxale : sanctions, tensions militaires, perturbations des routes énergétiques, flambée des prix, puis retour précipité vers des combustibles toujours plus polluants.

L’Europe prétend vouloir sortir des énergies fossiles, mais lorsque la géopolitique se durcit, elle se retrouve à encourager ou à tolérer leur retour sous d’autres formes. C’est une forme de gestion opportuniste de la crise, qui privilégie l’urgence économique au détriment de la transformation écologique de long terme.

Le bois et les pellets ne doivent pas non plus être présentés comme une solution écologique universelle. La biomasse peut être renouvelable dans certaines conditions, mais sa combustion émet des particules et du CO₂, tandis qu'une exploitation excessive des forêts peut fragiliser les écosystèmes, les sols et la biodiversité. Brûler davantage de bois n’est donc pas automatiquement synonyme de transition écologique.

Quant au mazout, son retour serait encore plus contradictoire avec les objectifs climatiques : plutôt que d'investir massivement dans la sobriété, l'isolation, les réseaux de chaleur, les pompes à chaleur alimentées par une électricité décarbonée et les renouvelables, on demande aux ménages de s'adapter à la crise en constituant des réserves de combustibles.

Le risque est alors de transformer une crise géopolitique temporaire en dépendance écologique durable.

La question posée par la DHnet — « va-t-on vers une nouvelle crise énergétique ? » mérite donc une réponse qui dépasse les seules réserves de gaz ou de pétrole.

Le véritable piège est notre dépendance.

Une politique énergétique cohérente ne devrait pas consister à remplacer temporairement un combustible fossile par un autre au gré des tensions internationales. Elle devrait profiter de chaque crise pour accélérer la sortie de cette dépendance : réduire la consommation, rénover les logements, développer les énergies renouvelables, protéger les forêts, améliorer les transports collectifs et investir dans une véritable souveraineté énergétique européenne.

Car une politique qui répond aux guerres par davantage de combustibles fossiles, qui répond aux pénuries par davantage d'extraction et qui répond à l'urgence climatique par le retour du mazout, des pellets ou d'une exploitation accrue du bois ne constitue pas une transition écologique.

C’est seulement une fuite en avant.

La sécurité énergétique de demain ne devrait pas dépendre des guerres d’aujourd’hui. Et la transition écologique ne peut pas être sacrifiée au suivisme géopolitique.


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