Crise

18 Oct 2026

Albanie : la « Révolution Flamant rose » déborde sur les campus, la rue réclame la chute du gouvernement

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Tired Earth

Par la rédaction

Ce qui a commencé comme une lutte écologique contre un complexe de luxe lié au gendre de Donald Trump s'est transformé en une contestation nationale. À Tirana, les étudiants réclament désormais la démission du Premier ministre Edi Rama, et la répression policière nourrit une colère qui ne faiblit pas.

Depuis le mois de mai, l'Albanie vit au rythme d'un mouvement de protestation sans précédent depuis la chute du communisme. La « Révolution Flamant rose » est née de l'opposition à un projet de complexe touristique de luxe dans la zone protégée de Zvërnec, sur la côte sud du pays. Derrière cet investissement controversé se trouve Jared Kushner, gendre de Donald Trump, dont les liens avec l'administration américaine alimentent les soupçons de connivence et de corruption .

Mais ce qui était une mobilisation environnementale locale a rapidement essaimé. Les slogans « L'Albanie n'est pas à vendre » et « Rama, démission » résonnent chaque soir à Tirana, tandis que le mouvement s'est élargi à des revendications de transparence, de justice sociale et de lutte contre la corruption .


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L'étincelle étudiante

La semaine dernière, une nouvelle étincelle a embrasé la capitale. Des milliers d'étudiants se sont rassemblés devant le ministère de l'Éducation pour dénoncer la hausse des frais de scolarité, la dégradation des conditions d'études et le manque de perspectives professionnelles. La contestation a dégénéré en affrontements d'une violence rare : le ministère de l'Éducation a été incendié, des vitrines brisées, et la police a riposté avec gaz lacrymogènes, canons à eau et grenades assourdissantes .

Le bilan est lourd. Selon les autorités, plus de 150 personnes ont été blessées, dont une majorité de policiers, et plus de 160 arrestations ont été effectuées . Des vidéos de violences policières présumées, notamment des cas d'usage disproportionné de la force, circulent largement sur les réseaux sociaux et ont conduit à la suspension de plusieurs agents .


Un pouvoir sourd aux appels

Face à la rue, Edi Rama campe sur ses positions. Le Premier ministre, au pouvoir depuis 2013, a catégoriquement exclu toute démission, arguant que les gouvernements se changent par les urnes et non par la rue. Il a dénoncé une « main étrangère » derrière les troubles, accusant des forces extérieures de vouloir déstabiliser son pays et entraver ses ambitions européennes . Son gouvernement a également qualifié les violences d'actes criminels, tout en se disant ouvert au dialogue sur les questions éducatives .

Cette intransigeance nourrit la comparaison avec la mobilisation française.  Les étudiants albanais tiennent depuis des mois face à un pouvoir qui ne cède rien. Leur détermination à faire tomber Edi Rama peut-elle déteindre sur les lycéens français, qui manifestent depuis fin septembre ? La contestation albanaise a pris une dimension existentielle : elle remet en cause l'ensemble d'un système politique perçu comme corrompu et déconnecté . Voir des étudiants tenir tête à un pouvoir pendant des mois, encaisser les gaz lacrymogènes et les arrestations sans reculer, cela modifie ce que les jeunes Français considèrent comme possible ou comme tolérable. La journaliste de Public Sénat rapporte d'ailleurs que certains lycéens évoquent la « convergence des luttes » et voient dans l'octobre une « finale » .


Une convergence des luttes

La particularité albanaise réside dans la fusion de deux mouvements. La « Révolution Flamant rose », portée par des citoyens de tous horizons, a perdu de son intensité après des mois de mobilisation quotidienne. L'irruption des étudiants a insufflé une nouvelle dynamique, transformant une lutte environnementale en un rejet global de l'establishment . Pour les observateurs, l'Albanie réunit tous les ingrédients d'un « automne chaud » : une jeunesse sans perspectives, une classe politique discréditée et une répression qui radicalise au lieu d'apaiser .

La question posée par les étudiants albanais n'est plus seulement celle de la protection d'une zone humide ou du prix des études. Elle est celle de la légitimité d'un pouvoir qui, face à la rue, ne semble connaître que le silence ou la force. Une question qui, à quelques frontières de là, résonne également dans les lycées français.


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