19 Oct 2026
Tired Earth
By The Editorial Board
Une étude menée sur six fragments du réacteur accidenté révèle que certains débris sont chimiquement plus stables qu'on ne le pensait. Une bonne nouvelle pour les sols, mais qui ne permet pas de lever les restrictions dans la zone d'exclusion.
Photo générée par IA
Quarante ans après la catastrophe, la zone d'exclusion de Tchernobyl reste un territoire interdit. Pourtant, une découverte publiée en février 2026 dans la revue Journal of Hazardous Materials vient nuancer l'image d'un danger immédiat et incontrôlé : certaines particules radioactives issues du réacteur sont plus résistantes que les scientifiques ne l'avaient imaginé .
Ce que les chercheurs ont découvert
L'équipe de l'Université Leibniz de Hanovre et du centre Helmholtz de Dresde-Rossendorf a analysé six « particules chaudes » — des fragments microscopiques, mesurant entre 8 et 50 millionièmes de mètre, encore très radioactifs aujourd'hui . Pour les examiner, les chercheurs les ont isolés de sols ukrainiens, puis envoyés à Grenoble où ils ont été bombardés de rayons X sous tous les angles possibles, afin de révéler leur structure interne .
Le résultat les a surpris : la structure cristalline du combustible nucléaire est restée largement intacte. Autrement dit, ces particules retiennent en elles une grande partie des substances radioactives, au lieu de les libérer rapidement dans l'environnement .
Trois types de particules, trois comportements
Les chercheurs distinguent trois familles de débris, formées dans des conditions différentes lors de l'accident de 1986 :
Une menace pour l'Europe entière ?
La réponse courte est non, pas dans le scénario actuel. Les particules étudiées restent confinées dans la zone d'exclusion et les sols contaminés. Les mesures effectuées lors des incendies de forêt de mai 2026 dans la zone — un épisode qui avait suscité des inquiétudes — n'ont révélé aucune élévation dangereuse de la radioactivité en dehors du périmètre interdit . Les autorités ukrainiennes et les organismes indépendants ont confirmé que les niveaux de radiation restaient dans les normes à Kiev et ailleurs .
Le risque viendrait plutôt d'une remise en suspension de particules déjà présentes dans les sols, par exemple lors d'incendies de forêt. Mais les quantités mesurées restent infimes à l'échelle du continent .
Pourquoi la prudence reste de mise
Cette stabilité apparente ne signifie pas que la zone est sûre. Les chercheurs eux-mêmes mettent en garde : six particules provenant de deux endroits ne représentent pas l'ensemble de la contamination . « Chaque particule a une structure différente », souligne Tobias Weissenborn, l'un des auteurs. Certaines particules pourraient se dégrader plus lentement, ou au contraire plus vite, et libérer leur radioactivité à retardement .
Autrement dit, les scientifiques ne peuvent pas encore dire si cette résistance est une exception ou une règle. Pour le savoir, il faudrait analyser des centaines d'échantillons provenant de dizaines de sites différents.
En attendant, la zone d'exclusion — près de 5 000 km² à cheval sur l'Ukraine et la Biélorussie, soit la taille d'un département français — reste interdite d'accès sans combinaison de protection . Et les chercheurs poursuivent leurs travaux sur les phases les plus radioactives de ces débris, notamment les éléments « transuraniens », plus lourds que l'uranium .
L'essentiel à retenir : les particules de Tchernobyl ne sont pas près de disparaître, mais elles ne constituent pas, aujourd'hui, une menace radiologique pour l'Europe. La véritable inconnue reste leur évolution à très long terme — et la capacité des scientifiques à prévoir laquelle, parmi elles, libérera sa radioactivité en premier.
Source : sciencedirect.com
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