Une étude internationale a quantifié la dose mortelle de plastique chez la faune marine : celle-ci est bien plus faible qu’on ne le pense. Cette nouvelle analyse, centralisant plus de 10.000
La pollution plastique n’est plus à prouver : que ce soit la présence du « contient de plastique » dans le Pacifique Nord ou l’omniprésence des microplastiques à toutes les échelles de la chaîne alimentaire, ce matériau provenant d’hydrocarbures fossiles est devenu omniprésent.
Transporté dans l’océan via les eaux usées et fractionné durant son périple, il n’échappe pas à la faune marine. En effet, l'ingestion de macroplastiques (de taille supérieure à 5 mm) a été observée chez près de 1300 espèces, incluant toutes les familles d'oiseaux marins, de mammifères marins et de tortues marines. Les nécropsies ont montré qu’il était responsable de la mort de nombre de ces vertébrés par obstruction, perforation ou torsion du tube digestif.
Malgré de nombreux cas recensés, la quantité minimale de plastique létal n’avait pas été estimée jusqu’ici, en raison de la difficulté à évaluer l’exposition au risque et les caractéristiques critiques des matériaux (volume, longueur, forme, composition du fragment).
L’équivalent d’un dé de plastique peut tuer un manchot de Magellan
Une équipe internationale de chercheurs, menée par l'ONG américaine Ocean Conservancy, s’est donc penchée sur la question. Ils ont étudié plus de 10.000 autopsies d’animaux marins réalisées entre 1900 et 2023, pour quantifier la probabilité de mortalité, en fonction de la quantité de plastique présent dans les tubes digestifs. Le seuil létal pouvant tuer un animal ou un oiseau marin "est bien plus faible que ce à quoi on s'attendait", explique auprès de l'AFP Erin Murphy, première auteur de cette étude publiée dans PNAS.
En prenant comme référence un risque de mortalité de 90 %, ce seuil correspond à l'ingestion de 23 fragments de plastique (0,098 cm³ par cm corporel de l’animal) chez les oiseaux marins, 29 fragments (39,89 cm³/cm) chez les mammifères marins et 405 fragments (5,52 cm³/cm) chez les tortues marines.
Cela équivaut à un ballon de football pour un dauphin à long bec, à une balle de tennis pour une tortue Caouanne, et à un dé de plastique pour un manchot de Magellan ou un macareux huppé.
Parmi ces animaux échoués ou ayant été capturés accidentellement, près de la moitié des tortues marines, un tiers des oiseaux marins et un mammifère marin sur dix avaient ingéré du plastique. Les auteurs de l’étude ont également observé que les tortues juvéniles étaient particulièrement touchées, probablement en raison de la faible spécificité dans leur sélection des proies. L’ensemble de ces ingestions s’est avéré être la cause de décès pour 0,7 à 4,4 % des cas d’autopsies. Il faut noter que cette étude de grande ampleur n’intègre pas les risques liés à l'absorption de microplastiques, ni l'étranglement des animaux par des plastiques tels que des filets.
Quantifier pour mieux réglementer
Afin de préciser l’évaluation du risque, Erin Murphy et son équipe de recherche ont identifié quatre catégories de matériaux : plastique rigide, plastique souple (tissu), caoutchouc et débris de pêche (ligne, corde ou filet). Ils se sont alors aperçus que les oiseaux marins étaient plus sensibles au caoutchouc, les mammifères aux plastiques souples et aux déchets de pêche, et les tortues marines aux plastiques rigides et souples.
« Ces travaux permettent de mieux comprendre les bénéfices écologiques des interventions ciblant les zones de recherche de nourriture (par exemple, le nettoyage des côtes), ainsi que les matériaux dangereux (par exemple, l'interdiction des lâchers de ballons ou des sacs en plastique) », expliquent les auteurs dans leur étude. « Au-delà des résultats que nous présentons, notre approche de modélisation peut servir d'outil pour les décideurs, afin qu’ils puissent explorer la probabilité de mortalité dans leur région. Il pourra être mis à jour au fur et à mesure que de nouvelles données sont disponibles. » anticipent les chercheurs.
En effet, la quantification de seuils mortels et l’identification de matériaux à risque constituent une étape importante pour définir des leviers réglementaires. « Cette recherche contribue à une meilleure compréhension scientifique de la probabilité de mortalité liée à l'ingestion de plastique et peut éclairer les cadres de surveillance, d'évaluation des risques et de gestion » concluent les auteurs. En 2022, l’Ocean Conservancy avait participé à la rédaction de la loi SB 54 de Californie, visant à limiter l'utilisation du plastique à usage unique de 25 % : de quoi combattre l’ennemi à la source.
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