03 Nov 2025

L’Union européenne envisage d’assouplir ses objectifs climatiques pour 2040 face au déclin de l’absorption du carbone par les forêts

logo

Tired Earth

By The Editorial Board

L’Union européenne envisage de réviser à la baisse son objectif climatique pour 2040, selon un projet de texte consulté par Reuters. En cause : la crainte croissante que les forêts européennes ne parviennent pas à absorber suffisamment de dioxyde de carbone pour permettre au continent d’atteindre ses engagements de réduction des émissions.
 
Ce projet, qui sera discuté lors de la réunion des ministres européens du Climat le 4 novembre, propose d’introduire une clause d’ajustement permettant à l’Union de revoir son objectif si les données montrent que les forêts et les terres agricoles n’absorbent pas assez de CO₂. Cette rencontre revêt une importance particulière, à quelques jours de la COP30, qui se tiendra à Belém, au cœur de l’Amazonie brésilienne — et où la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, espère arriver avec une position européenne claire et cohérente.
 
Un objectif de 90 % remis en question
 
La Commission européenne avait proposé une réduction de 90 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2040 par rapport à 1990, étape cruciale sur la voie de la neutralité carbone à l’horizon 2050. Mais face aux inquiétudes de certains États membres, confrontés à la fragilité de leurs industries et à la hausse des coûts de l’énergie, Bruxelles envisage davantage de flexibilité.
 
Le texte de compromis prévoit qu’en cas d’insuffisance des puits de carbone naturels, la Commission pourrait proposer un ajustement technique du cap de 2040, proportionnel au déficit constaté. Il est également question d’introduire des mesures supplémentaires pour remettre le secteur forestier sur la bonne trajectoire, plutôt que d’abaisser immédiatement les ambitions.
 
Cette disposition s’inspire d’une proposition française formulée la semaine dernière, qui réclame un « frein d’urgence » : la possibilité de réduire temporairement l’objectif de 90 % d’environ 3 points si les forêts européennes n’atteignent pas leur niveau d’absorption prévu.
 
Longtemps considérées comme un pilier de la politique climatique européenne, les forêts du continent ont perdu près d’un tiers de leur capacité d’absorption du CO₂ en dix ans. Ce recul s’explique par la multiplication des incendies, la prolifération des parasites et une gestion forestière parfois non durable, notamment en Europe méridionale et orientale.
 
Cette érosion des puits de carbone compromet l’une des pierres angulaires du pacte vert européen, qui repose sur la capacité des forêts et des sols à compenser les émissions résiduelles des secteurs les plus difficiles à décarboner, comme l’agriculture ou l’aviation.
 
Les versions précédentes du texte avaient déjà envisagé la possibilité d’une révision biennale des objectifs de 2040, ce qui permettrait de les ajuster tous les deux ans — un scénario jugé préoccupant par les défenseurs du climat, qui y voient une porte ouverte à un affaiblissement progressif des ambitions européennes.
 
Les discussions de mardi porteront également sur un autre sujet sensible : la part des réductions d’émissions (jusqu’à 90 %) pouvant être compensée par l’achat de crédits carbone étrangers. Certains États membres plaident pour cette flexibilité, estimant qu’elle permettrait de préserver la compétitivité de leurs industries. D’autres y voient une déresponsabilisation de l’Europe, qui risquerait ainsi de sous-traiter sa transition écologique.
 
Pour être adopté, le texte devra obtenir le soutien d’au moins 15 des 27 États membres, représentant 65 % de la population européenne — la majorité qualifiée nécessaire pour une décision à l’échelle de l’Union.
 
Le Danemark confiant dans un compromis imminent
 
Le Danemark, qui assure la présidence tournante de l’Union européenne et a rédigé le dernier projet de compromis, a estimé que les conditions d’un accord étaient désormais réunies.
 
« Tous les éléments nécessaires sont sur la table pour parvenir à un accord »,
a déclaré un porte-parole danois cité par Reuters.
 
Si le texte est validé, il permettrait à l’Union européenne de préserver sa crédibilité internationale en matière climatique à la veille de la COP30, tout en tenant compte des réalités économiques et industrielles internes.
 
En route vers la COP30 au Brésil
 
La COP30, qui se tiendra dans la ville amazonienne de Belém, marquera une étape majeure du processus climatique mondial. Les pays y présenteront leurs contributions déterminées au niveau national (CDN) révisées, conformément à l’Accord de Paris de 2015. Ces plans nationaux détaillent les stratégies de réduction des émissions et d’adaptation aux effets du changement climatique, dans le but de limiter le réchauffement à moins de 1,5 °C.
 
Selon l’Accord de Paris, les pays doivent actualiser leurs engagements tous les cinq ans, avec un niveau d’ambition croissant à chaque cycle. La position que l’Europe adoptera dans les prochains jours aura donc une résonance mondiale : un signal, pour certains, de pragmatisme politique ; pour d’autres, le symptôme d’un recul face à l’urgence climatique.
 
Entre impératifs économiques et responsabilité écologique, l’Union européenne s’apprête à franchir une étape décisive — une décision qui sera scrutée de près, du Parlement européen à Bruxelles jusqu’aux rives du fleuve Amazone.

Source :


newsletter

Les meilleurs de Tired Earth dans votre boîte mail

Inscrivez-vous pour recevoir des photos, des histoires et des offres spéciales de Tired Earth

En vous inscrivant à ce mail, vous acceptez les actualités, les offres et les informations de Tired Earth. Cliquez ici pour consulter notre politique de confidentialité.