À la veille de la COP30 qui s’ouvre à Belém, en plein cœur de l’Amazonie, la ministre brésilienne des Peuples indigènes, Sonia Guajajara, a lancé un appel fort : sans la participation et la reconnaissance des peuples autochtones, « il n’y a pas d’avenir pour l’humanité ».
Première titulaire d’un ministère dédié aux peuples autochtones, créé en 2023 par le président Luiz Inácio Lula da Silva, Sonia Guajajara — issue de l’ethnie Guajajara-Tenetehara — incarne la voix d’un Brésil pluriel où 1,7 million d’indigènes répartis en 391 ethnies tentent de faire entendre leurs droits dans un pays de plus de 200 millions d’habitants.
Pour elle, la COP30, première conférence climatique de l’ONU organisée en Amazonie, représente une occasion unique de placer les peuples autochtones au centre du débat mondial sur le climat. « Il existe une grande ignorance et un racisme persistant envers les peuples autochtones », déplore-t-elle. « La COP peut contribuer à faire comprendre leur rôle fondamental dans l’équilibre climatique. Là où vivent les peuples indigènes, il y a de l’eau propre, des forêts préservées, une biodiversité protégée et une alimentation sans produits chimiques. L’humanité a besoin de tout cela pour continuer à exister. »
Des “gardiens de la forêt” en première ligne face au climat
Depuis sa première participation à une COP en 2009, à Copenhague, Sonia Guajajara a constaté une évolution majeure dans la représentation des peuples autochtones. « À l’époque, il y avait un ou deux indigènes présents, mais sans participation active. Aujourd’hui, la représentation s’est considérablement élargie, même si nous ne jouons pas encore les premiers rôles », explique-t-elle.
Elle estime que la COP30 sera la plus inclusive en termes de participation indigène, grâce à sa localisation en Amazonie et à une volonté accrue d’écoute. « Les dirigeants commencent à reconnaître l’importance d’inclure les peuples indigènes, de leur attribuer des financements et de garantir la protection de leurs territoires. »
Mais ces “gardiens de la forêt” restent parmi les premières victimes du dérèglement climatique. Les sécheresses prolongées, les inondations récurrentes et les variations extrêmes du climat bouleversent leur mode de vie. « Quand le niveau des rivières baisse, les poissons meurent, provoquant une insécurité alimentaire. Les enfants ne peuvent plus aller à l’école car les transports fluviaux sont interrompus », raconte la ministre.
Des obstacles politiques persistants
Interrogée sur les critiques de certains leaders autochtones concernant la lenteur du gouvernement Lula à reconnaître de nouvelles terres indigènes, Sonia Guajajara admet des frustrations : « Il est clair que nous ne sommes pas satisfaits du rythme des homologations, mais nous faisons face à un obstacle légal : une loi, votée par un Parlement conservateur, restreint la reconnaissance des terres revenant de droit aux peuples autochtones. »
Cette loi, déjà contestée devant la Cour suprême, freine un processus pourtant promis par Lula lors de son retour au pouvoir. « Nous cherchons des moyens de débloquer la situation. Même si le rythme est lent, nous avons homologué 16 réserves en trois ans — davantage que durant les dix années précédant ce mandat », souligne-t-elle.
Une COP sous le signe de la justice climatique
Pour Sonia Guajajara, la COP30 ne doit pas être une simple tribune diplomatique, mais un moment de vérité pour la justice climatique. Elle espère que la voix des peuples indigènes, longtemps marginalisée, sera enfin entendue dans les décisions globales.
« Une COP en Amazonie doit donner la parole à ceux qui y vivent, qui protègent la forêt depuis des siècles, et qui subissent déjà les conséquences du réchauffement. Sans eux, il n’y a pas d’avenir pour l’humanité », conclut-elle.
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