26 Oct 2026

Le glacier de l'Apocalypse pourrait faire monter les océans deux fois plus vite que prévu

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Tired Earth

By The Editorial Board

Une nouvelle modélisation révèle que le glacier Thwaites, en Antarctique, pourrait contribuer jusqu'à 3 centimètres à la hausse du niveau de la mer d'ici 2100, même sans réchauffement supplémentaire. En cause : une découverte sur ce qui se passe sous la glace, longtemps ignoré par les scientifiques.

C'est un chiffre qui paraît minuscule — 3 centimètres — mais qui change tout. Publiée le 12 octobre 2026 dans la revue Nature Communications, une étude menée par des chercheurs de l'Université de Californie à Irvine et du Jet Propulsion Laboratory de la NASA estime que le glacier Thwaites pourrait contribuer jusqu'à 30 millimètres à la hausse du niveau de la mer d'ici la fin du siècle . C'est deux fois plus que les projections précédentes, qui tablaient sur environ 15 millimètres .

Surnommé le « glacier de l'Apocalypse », Thwaites couvre une superficie comparable à celle de la Floride et retient à lui seul l'équivalent de plus de 60 centimètres d'élévation du niveau de la mer . Il contribue actuellement à environ 4 % de la hausse globale du niveau des océans .


Ce que les scientifiques avaient manqué

Le problème ne venait pas des observations, mais des modèles. Les satellites montraient un glacier qui recule et s'amincit beaucoup plus vite que les simulations ne le prévoyaient. L'écart était devenu impossible à ignorer.

L'explication tient à un détail technique, mais décisif. Les glaciologues représentaient traditionnellement la « ligne d'échouage » — le point où la glace quitte le socle rocheux et commence à flotter — comme une frontière étroite et stable. Or, les données radar du satellite finlandais ICEYE ont révélé autre chose : une « zone d'échouage » large de plusieurs kilomètres, où l'eau de mer s'infiltre profondément sous la glace et la soulève au rythme des marées .

Ce phénomène, que les chercheurs appellent le « pompage tidal », permet à une eau relativement chaude de pénétrer loin sous le glacier et d'en accélérer la fonte par le dessous. En intégrant cette réalité physique dans leur modèle, les chercheurs ont pu reproduire fidèlement le recul observé depuis les années 1990 — et projeter l'avenir avec une précision inédite .


Une épée de Damoclès sous-marine

Le glacier est actuellement retenu par une crête sous-marine, la Mouginot Ridge, qui ralentit sa progression vers l'océan. Mais les simulations indiquent une probabilité de 60 % que Thwaites perde tout contact avec cette crête d'ici 2100 . Une fois cette attache rompue, le glacier reculerait sur un fond marin qui s'enfonce vers l'intérieur des terres, accélérant sa retreat vers l'océan.

« La plupart des projections peinaient à reproduire la rapidité de la perte de masse à cause de physiques manquantes », explique Eric Rignot, co-auteur de l'étude. « Notre nouveau modèle, avec une physique plus complète, parvient à coller aux observations, puis produit des projections deux fois plus grandes qu'auparavant » .


Faut-il s'inquiéter pour l'Europe ?

La réponse est nuancée. Ces 3 centimètres ne menacent pas directement les côtes européennes à l'horizon 2100. Mais ils s'ajoutent à d'autres sources de hausse — fonte du Groenland, dilatation thermique des océans, autres glaciers — et aggravent l'exposition des zones côtières densément peuplées à travers le monde .

Plus important encore : ce chiffre est un plancher, pas un plafond. L'étude isole volontairement l'effet des processus de la zone d'échouage, en supposant un climat constant. Autrement dit, elle ne tient pas compte d'un éventuel réchauffement futur des océans, qui pourrait encore accélérer la fonte. « Ces résultats prédisent un risque et une exposition aux inondations côtières plus grands que prévu dans les décennies à venir », prévient Rignot .

Le glacier Thwaites n'est pas près de disparaître. Mais il vient de révéler une vulnérabilité que les modèles ignoraient. Et dans un monde où chaque centimètre de hausse du niveau de la mer se traduit par des millions de personnes exposées, ces 3 centimètres-là pèsent lourd.

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