16 Nov 2025

"Jardiner" à la Cité des Sciences : une exposition pour explorer par les sens et les émotions les sciences du jardin

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Tired Earth

By The Editorial Board

"Le jardin, même le plus petit, peut avoir un impact." A la Cité des Sciences et de l’Industrie, l’exposition "Jardiner" révèle, avec légèreté et poésie, les sciences insoupçonnées qui se cac

L’exposition perchée au 2e étage de l’immense bâtiment de béton et de métal de la Cité des Sciences et de l’Industrie s'est ouverte le 14 octobre 2025. Elle nous propose une lecture scientifique du jardinage ou plus précisément, du fait de "jardiner", manière d’annoncer la couleur aux visiteurs : les gestes, les pratiques, l’infinie variété des résultats obtenus plutôt que le bel écrin de fleurs des magazines de jardinage. "Jardiner" vise les citadins de l’hyper-centre ou des banlieues urbaines, jardiniers de balcons et propriétaires de vastes enclos.
 
Le jardin, bien plus que de la biologie végétale
Ce lieu de vulgarisation scientifique parisien consacre pour la toute première fois une exposition à une pratique que les amateurs de jardinage n’associent pas toujours aux sciences. Pourtant, l’ambition ici est de convoquer la géographie, la médecine, la science des sols, l’ethnoécologie, la sociologie... et la biologie végétale. Pour les deux commissaires qui ont conçu l’exposition, Marie-Christine Hergault et Caroline Vrammout, il était important de "se concentrer sur les gestes, et au travers de ces gestes de prime abord anodins, découvrir différents domaines scientifiques". Se questionner sur ces gestes permet également de montrer que certaines pratiques jardinières peuvent avoir des impacts positifs ou négatifs sur l’environnement.
 
Cabanes, sensations et végétaux mal-aimés
On entre dans un espace ponctué de cabanes ou "installations sensorielles", de panneaux et de coffres-vitrines en bois. "Il n’y a pas de sens de visite", confirme Caroline Vrammout, on peut passer du potager à celui des fleurs, du jardin partagé au jardin qui soigne, en passant par le jardin spontané ou le jardin qui s’adapte à la sécheresse. Ne cherchez pas les cartels bavards, les vidéos au long court, vous n’en trouverez pas. Vous trouverez très peu de plantes, trop compliquées à entretenir dans cette salle aveugle à la lumière du jour. Les seules qui ont retenu l’attention des commissaires sont ce que nous appellerions des "mauvaises herbes". Ronces, lierre, houx, orties, mousses ont été installées avec révérence dans des boites vitrées et éclairées, à hygrométrie contrôlée, comme on enfermerait jalousement des œuvres d’art. Vous pourrez écouter le témoignage de six jardiniers venus de France ou d’ailleurs, six ambassadeurs pour dessiner les thématiques de l’exposition.
 
Attendez-vous aussi à être assaillis par les couleurs de fleurs en papiers géantes, des odeurs de terre et de légumes frais, d’herbe coupée ou de rires d’enfants. "Nous sommes parties d’un principe : le jardin, c’est aussi des émotions et des sens. Avec des installations généreuses, surprenantes réalisées par des designers, nous nous adressons à une majorité de citadins et essayons de susciter l’émotion, la surprise."
 
Devant les diffuseurs d'odeurs de la cabane, pour une déambulation immersive "à hauteur de fourmi". Ici les senteurs de potirons. Crédits : E Laurent-EPPDCSI
Devant les diffuseurs d'odeurs de la cabane, pour une déambulation immersive "à hauteur de fourmi". Ici les senteurs de potirons. Crédits : E Laurent-EPPDCSI
 
Manipulations ludiques
 
remonte-boule à manipuler à l\'exposition Jardiner
Un jeu de kermesse pour guider insectes et oiseaux pollinisateurs vers leurs sources de nourriture. Crédits : E Laurent-EPPDCSI
 
Plusieurs manipulations ludiques attendent le public familial avec des idées facétieuses et d’autres moins. On peut essayer de créer une nouvelle variété de roses à l’aide d’un écran interactif et d’un pinceau, jouer au graffeur-jardinier sur un écran numérique géant, guider un pollinisateur vers son nectar préféré sur un immense remonte-boule ou encore doser son compost comme on manipulerait des distributeurs de vrac sans jamais se salir les mains. Les trouvailles ne manquent pas.
 
"J’en ai marre de tondre à tort et à travers"
Un peu discordant au milieu de cet espace paisible, un robot-tondeuse râle. Relégué derrière une cabane, il a été enfermé dans un enclos. Un comédien prête sa voix à l'engin. "Mais qu’est-ce qu’ils veulent faire de leur jardin ? Le cour central de Wimbledon ou le tapis vert de Versailles ? Hélas, mes propriétaires n’ont pas l’audace de laisser la vie prendre ses aises !" Le coup de gueule est prétexte à réflexion sur la biodiversité étouffée à chaque passage de lame. Si l’on considère les quelque 12 millions de propriétaires de pelouses en France, on réalise que cela fait beaucoup de brins d'herbes qui ne montent jamais assez pour offrir refuge et repas à des milliards d’insectes, d’oiseaux et de petits mammifères. La machine excédée lâche un conseil final : trois à quatre tontes par an suffiraient, pour conserver l’humidité du sol, et s’éviter l’effort, la dépense d’électricité et les arrosages fréquents.
 
Le changement climatique au jardin
Les plantes savent s’adapter à la sécheresse, leur adaptation passent par la morphologie de leurs feuilles. Et le jardinier, comment s’adapte-t-il, lui, au climat ? Une immense table interactive invite les visiteurs à jouer. Il s’agit d’aménager son jardin en faisant les bons choix pour rafraîchir la maison et son environnement immédiat, composer avec la sécheresse ou la grêle, améliorer la biodiversité et la résistance de ce petit écosystème face au changement climatique. On comprend très vite qu’il est difficile de trancher, l’arbitrage est complexe, les résultats jamais optimaux.
 
"Jardiner c’est aussi comprendre notre rôle d’individu face au collectif"
Les jardins nourriciers de populations démunies par la crise, la guerre et les sciences sociales sont également convoqués. L’enjeu sociétal du jardinage est central dans les exemples glanés autour du monde. Detroit aux Etats-Unis, La Havane à Cuba, Domiz, le camp de réfugiés devenu ville au Kurdistan autonome, ou plus près de nous les jardins ouvriers d’Aubervilliers. Produire soi-même sa nourriture devient tout à la fois acte de résistance politique et réparation du vivant.
 
D’autres jardins servent d’autres défis sociaux. L'activité de jardinage dans le potager de l’école menée par les adolescents d’un établissement scolaire apaise enseignants et élèves. Mais ce sont les regards hésitants ou absents des patients atteints d’Alzheimer du Centre Hospitalier Régional et Universitaire (CHRU) de Nancy qui émeuvent le plus. Dans le jardin thérapeutique investi depuis 2010 par l’équipe soignante du Dr Thérèse Rivasseau Jonveaux, ces vieux patients désorientés retrouvent les mots, expriment leurs sensations et pour certains, renouent avec leurs gestes de jardinier.
 
 
Les pratiques jardinières ne sont donc pas si anodines. "Tous les jardins évoqués ici ramènent à des questionnements encore plus larges", confirme Caroline Vrammout. Un jardin, même le plus petit, le plus modeste, est un concentré d’enjeux sociaux, sanitaires, environnementaux et climatiques.
 
INFORMATIONS PRATIQUES
 
Affiche CSI exposition Jardiner jusqu\'au 12 juillet 2026
Jardiner, Cité des Sciences et de l’Industrie, du 14 octobre 2025 au 12 juillet 2026.


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