À la différence des précédentes éditions, aucune question unique ne devrait dominer la 30ᵉ Conférence des Nations unies sur le climat (COP30), qui s’ouvre dans la ville amazonienne de Belém. Trois sujets majeurs concentreront les débats : le manque d’ambition climatique des États, la faiblesse du financement destiné aux pays du Sud, et la protection des forêts tropicales. Des thèmes sur lesquels les chances d’un consensus apparaissent, une fois encore, fragiles.
Des ambitions climatiques jugées insuffisantes
Selon les dernières estimations publiées par l’ONU, les plans d’action climatiques actuellement présentés par les États devraient réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre de seulement 10 % d’ici 2035 par rapport à 2019. Près d’une centaine de pays n’ont toujours pas remis leur feuille de route, compromettant l’atteinte des objectifs fixés par l’Accord de Paris de 2015.
Les pays en développement accusent les grandes puissances industrielles – responsables de la majorité des émissions historiques – de ne pas faire leur part. Ils réclament un renforcement des engagements des économies les plus polluantes, tandis que de puissants groupes de pression, issus des secteurs énergétiques et industriels, tenteront d’influencer les négociations pour préserver leurs intérêts.
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Pour le Brésil, qui assure la présidence de cette COP, ces plans nationaux « représentent la vision de notre avenir commun ». Brasilia estime que la conférence doit leur donner une dimension politique forte, même si la question n’est pas officiellement inscrite à l’ordre du jour.
L’équité climatique et le financement du Sud
Le financement climatique restera l’un des enjeux les plus délicats. Lors de la précédente conférence à Bakou, les pays développés s’étaient engagés à mobiliser 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 pour aider les pays vulnérables à s’adapter aux catastrophes liées au réchauffement – soit trois fois le niveau actuel, mais quatre fois moins que ce qu’espéraient les nations du Sud.
Ces fonds doivent soutenir les efforts d’adaptation face aux inondations, vagues de chaleur et sécheresses, ainsi que financer la transition vers des énergies à faible émission de carbone, afin d’éviter que les pays en développement ne soient contraints de recourir massivement au charbon ou au pétrole pour leur croissance.
En parallèle, les États ont également fixé un objectif plus large : 1 300 milliards de dollars par an d’ici 2035, provenant de sources publiques et privées combinées. Les contours de cette promesse, liés à la réforme des institutions financières internationales, seront détaillés dans un document stratégique baptisé « la feuille de route de Bakou à Belém », au cœur des discussions de cette COP30.
Belém, symbole de la lutte pour les forêts
En accueillant la conférence au cœur de l’Amazonie, le Brésil entend replacer la préservation des forêts au centre de l’agenda mondial. Poumons de la planète, elles jouent un rôle essentiel dans l’absorption du CO₂ et l’équilibre du climat, tout en abritant une biodiversité unique. Mais la déforestation dans les forêts tropicales primaires a atteint un niveau record en 2023, le plus élevé depuis plus de vingt ans.
Le président Luiz Inácio Lula da Silva défend la création d’un fonds mondial de 125 milliards de dollars, baptisé Tropical Forest Finance Facility (TFFF). L’objectif : investir ces capitaux sur les marchés financiers, puis reverser les bénéfices aux pays qui disposent d’importants couverts forestiers et qui limitent la déforestation, tels que la Colombie, le Ghana, la République démocratique du Congo ou l’Indonésie.
Pour Clément Hilary, de l’ONG Greenpeace, ce projet constitue « une avancée potentielle dans la protection des forêts tropicales », à condition qu’il s’accompagne d’un plan d’action clair pour mettre fin à la déforestation d’ici 2030. Mais plusieurs pays développés se montrent prudents.
« Ce mécanisme nécessite encore de nombreuses discussions techniques avant toute promesse de financement »,
a confié un diplomate français à l’Agence France-Presse.
Un sommet marqué par des absences lourdes de sens
Les observateurs s’inquiètent de l’absence de quatre chefs d’État parmi les cinq plus grands pollueurs mondiaux – les États-Unis, la Chine, la Russie et l’Inde. Leur non-participation risque de freiner l’élan politique nécessaire à la conclusion d’accords significatifs.
L’absence américaine, notamment, s’explique par la politique de désengagement climatique de l’administration Trump, qui a suspendu la plupart des programmes internationaux liés au climat et tenté de convaincre d’autres pays d’imiter sa position.
Une COP sous haute tension
Alors que les catastrophes naturelles s’intensifient et que les pays du Sud paient le prix fort des émissions du Nord, la COP30 s’annonce comme un test décisif pour la solidarité climatique mondiale. Les négociateurs devront trouver un fragile équilibre entre ambition environnementale, équité économique et volonté politique, dans un contexte où la planète approche inexorablement du seuil critique des 1,5 °C de réchauffement global.
Le Brésil, en hôte de cette conférence historique, espère que Belém marquera un tournant dans la gouvernance climatique mondiale – non plus un lieu de promesses, mais un espace d’action concrète pour protéger la planète et ses peuples.
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