Dans les eaux du nord-ouest Pacifique, les orques résidentes du Sud sont au bord de l’extinction. Pour tenter de les sauver, les chercheurs explorent aujourd’hui des méthodes innovantes, non
Au large de l’État de Washington, un combat se joue pour la survie d’une population emblématique : les orques résidentes du Sud. Face à ce déclin, scientifiques, militants et communautés autochtones inventent de nouvelles manières d’étudier et de protéger ces cétacés sans les perturber. Leur approche, mêlant flair canin, technologies de pointe et engagement culturel, révèle les multiples dimensions d’une bataille pour la biodiversité.
Des chiens dressés pour pister les orques
Les orques résidentes du Sud sont parmi les cétacés les plus menacés au monde. Leur population a chuté d’environ 20 % depuis la fin des années 1990, alors qu’elles comptaient jadis plusieurs centaines d’individus dans le Pacifique Nord-Est. Exclusivement piscivores, elles dépendent presque entièrement du saumon chinook, dont les stocks se sont effondrés à cause de la surpêche et de la dégradation des rivières.
À cette pénurie s’ajoutent la pollution chimique, les microplastiques et le bruit incessant du trafic maritime, qui compliquent la chasse et la communication. Cette combinaison de menaces explique pourquoi elles ne sont plus que 74 aujourd’hui, contre des centaines pour d’autres écotypes de la région.
Cette fragilité démographique se traduit par une succession de drames qui frappent régulièrement les groupes d’orques, en particulier les femelles du pod J. Plusieurs ont fait parler d'elles, maintenant leur bébé à la surface pendant plusieurs jours. La plus célèbre est Tahlequah (J35), qui s’était déjà illustrée en 2018 en transportant son bébé mort sur plus de 1 600 km pendant 17 jours. Avant de recommencer en décembre 2024. Encore plus récemment, en septembre 2025, une autre femelle de ce pod avait elle aussi été observée poussant son bébé décédé.
Pour les chercheurs, leur sort constitue un signal d’alarme. Comme le rappelle auprès du Guardian la biologiste Deborah Giles, membre de l'organisation SeaDoc Society : "Les épaulards sont un indicateur de l’écosystème. Tout ce qui cause leur déclin est de notre faute, donc c’est notre responsabilité de les aider à se rétablir".
C’est dans ce contexte critique qu’intervient Eba, une chienne croisée au flair exceptionnel. Secourue alors qu’elle n’était qu’un chiot, elle a été formée pour détecter les excréments d’orques flottant à la surface. Son rôle est devenu central dans les recherches. Comme l’explique Deborah Giles, "nous voulions utiliser Eba car cela nous permet de rester vraiment loin des orques et de ne pas les stresser".
Chaque échantillon prélevé contient une mine d’informations : régime alimentaire, niveau d’hormones, traces de polluants, microplastiques ou parasites. Ce suivi non invasif remplace les méthodes autrefois utilisées, comme les biopsies ou les prélèvements par balises, qui pouvaient causer du stress, voire des infections mortelles.
Les drones, nouvelle arme de la conservation
Si les chiens sont de précieux alliés, la technologie aérienne apporte également un soutien de poids. Depuis dix ans, James Sheppard, scientifique au San Diego Zoo Wildlife Alliance, développe avec son équipe des drones capables de collecter l’air expiré par les orques lorsqu’elles remontent à la surface. Ces échantillons contiennent de l’ADN, des hormones et des marqueurs de maladie. "Nous devons obtenir des données solides et presque en temps réel, afin de déterminer s’il existe un problème réel. Ainsi, le personnel de soins peut intervenir si nécessaire", indique-t-il au Guardian.
Les opérations, menées sous des règles fédérales strictes, se déroulent sans incident et avec un minimum de perturbations. "La plupart du temps les orques ignorent le drone et si elles le regardent, elles se contentent de se tourner puis continuent leur chemin". Chaque mission est un défi technique, car il faut viser un nuage de respiration de la taille de deux ballons de basket en quelques secondes seulement. Mais l’objectif demeure clair : "Ce que nous faisons doit avoir des bénéfices concrets et réels pour les espèces que nous étudions, sinon nous ne faisons que collectionner des timbres", continue James Sheppard.
À travers ces méthodes, la recherche devient un outil d’action et de plaidoyer. Car au-delà de la science, il s’agit d’un combat culturel et politique : celui de préserver un symbole vivant du Nord-Ouest pacifique, que les peuples autochtones considèrent comme un membre de leur famille et que les communautés locales portent dans leur imaginaire collectif. Comme le résume Steve Edwards, de la tribu Swinomish, "nous considérons les orques, ou poissons noirs, comme faisant partie du réseau qui nous relie en tant que tribu à tous les êtres vivants".
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