14 Oct 2026
Nirere Sadrach
"Il est temps d’investir dans des solutions qui fonctionnent et de comprendre les besoins de nos communautés. Il est temps, maintenant, de changer le système"
1. Pourriez-vous vous présenter brièvement et nous expliquer comment vous vous êtes engagé dans l’activisme environnemental ?
Je suis Nirere Sadrach, fondateur et responsable de l’équipe d’End Plastic Pollution. Grandir en Ouganda m’a exposé aux conséquences à la fois de la crise des déchets et de la crise climatique. Je vis dans des communautés qui n’ont pas les capacités nécessaires pour faire face aux quantités croissantes de déchets produites et qui ne sont pas non plus préparées aux changements climatiques.
C’est pour cette raison qu’en tant que jeunes, nous devons contribuer à relever ces défis, renforcer la résilience et transformer nos communautés. C’est donc en cherchant des moyens de contribuer à cette lutte que je me suis engagé dans l’activisme environnemental, à travers mon travail au sein du mouvement des jeunes pour le climat.
2. Qu’est-ce qui vous a poussé à fonder End Plastic Pollution Uganda en 2020 ?
End Plastic Pollution se développe en tant qu’organisation environnementale axée sur l’action, qui s’attaque à la crise des déchets en mettant l’accent sur l’interaction entre les populations, l’environnement et l’économie.
Nous travaillons non seulement à promouvoir des changements dans les politiques publiques, mais aussi à mettre en œuvre des solutions, notamment le modèle du zéro déchet, afin de créer de nouvelles opportunités dans le secteur des déchets.
À travers la Kollekt Initiative, nous gérons le Kollekt Village, qui sert de centre d’apprentissage, de démonstration et de mise en œuvre du modèle zéro déchet.
Avec le projet FLOWERS (Facilitating Local Organic Waste Exchange for Regenerative Systems), nous investissons désormais dans la mise en place et la gestion des déchets organiques grâce à l’élevage de mouches soldats noires (BSF), à la digestion anaérobie et au compostage.
3. Vous avez récemment lancé le programme Youth Zero Waste Ambassadors. Quels sont ses objectifs et comment fonctionne-t-il ?
L’objectif principal du programme Youth Zero Waste Ambassadors est de donner aux jeunes générations les moyens de devenir les futurs acteurs de la mise en œuvre du zéro déchet au sein des communautés locales en Ouganda.
Le programme comprend quatre modules de formation destinés à aider les jeunes à comprendre la science des déchets, à apprendre comment parvenir au zéro déchet, à connaître les étapes nécessaires à la mise en œuvre du modèle zéro déchet, ainsi que les principes de l’action collective et de la mobilisation communautaire.
Les jeunes suivent deux semaines de formation en ligne, puis deux jours de formation en présentiel au Kollekt Village, au cours desquels ils bénéficient d’une formation pratique comprenant le tri des déchets et le travail avec les récupérateurs de déchets, la réalisation d’un diagnostic des déchets au sein de la communauté, l’audit des marques et des compétences en communication.
4. Quels sont aujourd’hui les principaux défis dans la lutte contre la pollution plastique et la mise en œuvre du zéro déchet en Ouganda ?
La mauvaise gestion des déchets reste l’un des principaux défis dans de nombreuses communautés ougandaises. Le mélange des déchets, sans tri préalable, constitue l’un des plus grands obstacles à la lutte contre la pollution plastique et à la mise en œuvre du zéro déchet.
Le mélange de toutes sortes de déchets rend difficile la récupération des matières valorisables. Il faut se rappeler que si un objet ne peut pas être collecté, il ne peut pas non plus être recyclé ou composté.
Le déversement et la mise en décharge des déchets constituent un autre défi auquel l’Ouganda est confronté. Les quantités croissantes de déchets déversées dans des sites d’enfouissement comme Kiteezi et Buyala deviennent incontrôlables, contribuant à une augmentation des émissions de méthane et imposant un coût considérable au gouvernement pour leur gestion.
La décharge de Kiteezi s’est récemment effondrée, tuant plus de 35 personnes et détruisant des habitations ainsi que d’autres biens. De tels événements continueront de se produire si nous poursuivons le déversement et l’enfouissement de nos déchets. Cela révèle également les capacités insuffisantes du gouvernement en matière de gestion des déchets.
Près de 60 % de l’ensemble des déchets collectés dans de nombreuses communautés ougandaises sont des déchets organiques, environ 11 % sont recyclables et le reste correspond aux déchets résiduels. Cela montre clairement que le déversement, l’enfouissement et le mélange des déchets nous privent d’une grande partie de ce qui pourrait être valorisé.
Malgré le lancement par l’Ouganda d’une Journée nationale de nettoyage, de nombreuses communautés se retrouvent encore avec des déchets non collectés après ces opérations de nettoyage, qui finissent par être brûlés.
Le brûlage des déchets contribue à l’émission de gaz à effet de serre dangereux, entraînant des dommages climatiques, ainsi que la libération d’autres substances chimiques toxiques pouvant provoquer des infections respiratoires.
La faiblesse de nos politiques ne peut pas non plus être passée sous silence. La gestion des déchets relève de la responsabilité du gouvernement. Celui-ci doit donc renforcer les lois afin que les pollueurs soient tenus responsables, réduire les quantités produites, repenser les emballages et les modes de distribution afin d’éliminer les plastiques à usage unique.
En outre, nous avons besoin d’un traité mondial solide sur les plastiques, capable d’influencer les politiques afin que les grands pays pollueurs soient tenus responsables des dommages qu’ils causent dans les pays du Sud, de fixer des plafonds de production et de garantir le respect du principe de responsabilité élargie des producteurs.
5. Comment voyez-vous le lien entre la gestion des déchets et la crise climatique ?
La crise des déchets est directement liée à la crise climatique. La mauvaise gestion des déchets contribue au réchauffement climatique en libérant d’importantes quantités de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.
La mise en décharge des déchets organiques produit du méthane. Le secteur des déchets est responsable d’environ 20 % des émissions de méthane d’origine humaine à l’échelle mondiale.
Le brûlage à l’air libre libère du carbone noir et des fumées toxiques qui accélèrent le réchauffement. Cela s’ajoute aux dommages causés par l’incinération.
6. Souhaitez-vous ajouter quelque chose ou adresser un message à notre audience ?
Nous sommes confrontés à une crise des déchets et il est temps d’investir dans des solutions qui fonctionnent et de comprendre les besoins de nos communautés.
Nous produisons beaucoup trop de déchets, au-delà de nos capacités de gestion. Il est temps, maintenant, de changer le système.
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