24 Oct 2026

Entretien avec Karine Bechet, présidente de l’association Comitas Gentium France-Russie

logo

Karine Bechet

"Le Secrétaire général de l’ONU sera toujours encadré par les rapports de force interne, il en est le produit et ne peut s’en émanciper"

1. Alors que l’ONU traverse une période de profondes tensions géopolitiques et que son rôle est de plus en plus contesté, quelle devrait être, selon vous, la priorité absolue du prochain Secrétaire général pour renforcer le rôle de l’organisation ?

La question du rôle de l’ONU ne dépend pas de son Sécrétaire général, c’est une question beaucoup plus général. Si l’on attend qu’une organisation internationale résolve de manoère impérative les conflits entre les Etats, c’est-à-dire qu’elle puisse imposer une volonté, qui soit supérieure à celle de l’Etat, cela veut dire que l’Etat n’est plus le Souverain, puisqu’il y a quelque chose au-dessus de lui. C’est ça le système de la Globalisation.

L’ONU ne peut que conduire les Etats à faire des compromis, mais les compromis ne sont pas toujours possibles et il est important de le comprendre. Donc, parfois l’Onu est impuissante et aussi chocant que cela puisse paraître, c’est normal. 

La question n’est donc pas celle du renforcement de son rôle, mais de la reconsidération de sa légitimité. Il faudra attendre qu’un nouvel ordre international s’instaure sur les ruines de celui-ci pour qu’il apparaisse. Il sera alors possible, soit de réformer l’ONU pour qu’elle coïncide, soit de créer une nouvelle organisation, soit de créer de nouveaux mécanismes de coopérations internationales. Car souvenons-nous que ces organisations universelles n’ont pas toujours existées, les Etats ont pendant des siècles collaborer sans elles. La SDN fut issue de la Première guerre mondiale, l’ONU de la Seconde. Nous verrons quel système sortira du conflit, qui a démarré sur le front ukrainien et qui n’a pas encore pris toute sa dimension.

2. Face aux rivalités croissantes entre les grandes puissances et aux blocages répétés du Conseil de sécurité, le prochain Secrétaire général pourra-t-il réellement renforcer l’action de l’ONU, ou restera-t-il limité par les rapports de force entre ses membres permanents ?

La question n’est pas personnelle, mais systémique. Le Secrétaire général de l’ONU est le représentant de la force géopolitique dominante, ce qui est garanti par la procédure. Les États membres présentent des candidatures, la liste est établie par la présidence de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité, des débats on line sont organisés et le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale « échangent » sur les candidats, sachant que les membres permanents ont un droit de veto. Autrement dit, ils négocient. Ensuite un débat est organisé à l’Assemblée générale, qui le nomme.

Ainsi, il ne peut s’agir que d’une personne « du système ». En ce sens, le Secrétaire général de l’ONU sera toujours encadré par les rapports de force interne, il en est le produit et ne peut s’en émanciper.

3. La réforme du Conseil de sécurité est régulièrement présentée comme indispensable pour rendre l’ONU plus représentative. Le prochain Secrétaire général aura-t-il réellement les moyens de faire avancer cette réforme, malgré les intérêts divergents des grandes puissances ?

La réforme avancera si les pays sont prêts à cela. Mais il faut comprendre que la composition du Conseil de sécurité avait une logique, celle de la Seconde Guerre mondiale. C’est d’ailleurs, ce qui lui donnait sa légitimité.

Modifier cette institution alors qu’un conflit géopolitique est en cours et que les rapports de forces géopolitiques ne sont pas stabilisés serait une dangereuse erreur. Par ailleurs, cela impacterait beaucoup la légitimité de l’institution.

La réforme du Conseil de sécurité doit s’inscrire dans la reconsidération plus générale de l’institution de l’ONU. Mais cela est encore trop tôt. En tout cas, cela ne viendra pas de la seule volonté du Secrétaire général, dont les personnalités sont en général assez faibles, puisque ce sont des personnalités de compromis.

4. Face à l’accélération du changement climatique et à la multiplication des crises environnementales, quelle place la protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique devraient-elles occuper dans les priorités du prochain Secrétaire général de l’ONU ?

La première tâche serait de dépolitiser la question environnementale, de la sortir du carcan idéologique, dans lequel elle est confinée pour qu’il s’agisse réellement de la protection de l’environnement. 

5. Parmi les candidats actuellement en lice, quelles qualités seront, selon vous, indispensables au prochain Secrétaire général de l’ONU pour faire face aux crises actuelles ?

Les qualités essentielles au prochain Secrétaire général de l’ONU, qui sont par ailleurs les qualités nécessaires à toute personne politique aujourd’hui, seraient l’intégrité morale, la culture politique, les convictions morales. 

Malheureusement, ce sont les principales qualités, qui font échouer les candidats, qui les portent ou se détourner les personnes de la politique.

Quel bilan faites-vous des années d’Antonio Guterres à la tête de l’ONU, notamment en matière de paix, de climat et de protection de l’environnement ?

Antonio Guterres a fait preuve d’une faiblesse et de toute l’afabilité, qui étaient attendues de lui par les élites globalistes, dirigeant l’ONU. Il est à craindre, que le suivant suive cette voie toute tracée.


newsletter

Les meilleurs de Tired Earth dans votre boîte mail

Inscrivez-vous pour recevoir des photos, des histoires et des offres spéciales de Tired Earth

En vous inscrivant à ce mail, vous acceptez les actualités, les offres et les informations de Tired Earth. Cliquez ici pour consulter notre politique de confidentialité.