19 Sep 2026

Entretien avec François Bechieau, secrétaire national du Mouvement des Progressistes

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François Bechieau

Français

Il est désormais de notoriété publique que le réchauffement climatique, en asséchant à outrance les terres et la végétation, favorise gravement la fréquence et l’intensité des incendies. Cela n’est plus contestable, il me semble.

1. Les incendies de forêt deviennent-ils, selon vous, une nouvelle réalité structurelle en Europe plutôt qu’une succession d’événements exceptionnels ? Quel rôle le réchauffement climatique joue-t-il dans leur fréquence et leur intensité ?

Les incendies de forêt sont déjà devenus depuis plusieurs années une triste, terrible et très inquiétante réalité en France comme en Europe. Souvenons-nous de l’été 2022 et des incendies qui ont frappé et endeuillé les communes de Landiras et La Teste-de-Buch en Gironde. 11 000 hectares de forêt ravagés, le plus lourd bilan de destruction de forêts en Gironde depuis 1949 où 50 000 hectares avaient déjà été détruits avec 82 morts dans ce plus grand massif forestier d’Europe occidentale.

La gravité de la situation impose de changer d’urgence et sans délai de paradigme : il devient indispensable de tenir compte du changement climatique dans l’approche des risques d’incendies majeurs et il n’y a désormais aucune forêt de l’hexagone à l’abri des incendies. Du Sud au Nord, de l‘Est à l’Ouest, notre pays, et l’Europe toute entière, compte des centaines de massifs forestiers fragilisés par ce changement et susceptibles d’être la proie des flammes, l’été, mais désormais plus seulement et tout au long de l’année. Pensons également aux terribles incendies qui ont ravagé des régions entières en Grèce et en Espagne.

Il est désormais de notoriété publique que le réchauffement climatique, en asséchant à outrance les terres et la végétation, favorise gravement la fréquence et l’intensité des incendies. Cela n’est plus contestable, il me semble.

2. La France est particulièrement exposée aux vagues de chaleur, à la sécheresse et aux incendies. Sommes-nous suffisamment préparés aujourd’hui, notamment en matière de prévention, de gestion des forêts et de protection des populations ?

Hélas, bien sûr que Non ! Nous ne sommes absolument pas suffisamment préparés. Les moyens manquent cruellement, tant au niveau de la prévention que de l’action contre les incendies. L’appui des sapeurs-pompiers au sol par des moyens aériens performants est indispensable dès les départs de feu : les nombreux exemples de feux démontrent les effets catastrophiques de l’arrivée tardive de Canadairs dont il est urgent de développer le nombre afin d’établir des bases pérennes de cette flotte dans plusieurs régions. Nous en sommes encore hélas loin et il faudrait une véritable politique publique de lutte contre les incendies et de leur prévention. Dans cette optique, les missions originelles de l’Office National des Forêts doivent être remises à l’ordre du jour en stoppant l’hémorragie de suppressions d’emplois pour apporter conseils et accompagnements dans la gestion et la composition de nos massifs forestiers publics ou privés.

Car, qui d’autre que l’ONF peut contribuer à anticiper les incendies majeurs liés au réchauffement climatique ? Quelle autre structure serait en capacité d’assurer un suivi sanitaire face à la progression des insectes ravageurs (scolytes, chenilles processionnaires…) ?

Qui peut tenter de préserver la biodiversité face aux atteintes à l’environnement sans le fameux inventaire initié en 1958 ? Enfin, qui peut contribuer au développement des territoires ruraux ?

Il faut que l’Etat assume sa responsabilité en permettant de dégager immédiatement des budgets d’investissement suffisants pour renforcer l’ONF ainsi que notre flotte de Sécurité Civile et apporter un soutien actif en faveur de la renaissance des forêts détruites.

3. Face à l’accélération du changement climatique, quelles mesures concrètes devraient être prises à l’échelle de la France et de l’Union européenne pour réduire les risques d’incendies et adapter nos territoires aux nouvelles conditions climatiques ?

Le changement climatique n’est pas un hasard, il est le fait de l’homme et de notre société, cela est aujourd’hui indéniable. Face à cela, pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques, il faut bien entendu protéger les terres agricoles, les exploiter sans outrance, les entretenir ainsi que les forêts et les plaines. Arrêter de construire partout en imperméabilisant les sols, arrêter de détruire les haies dont le rôle est essentiel. Il faut entretenir les forêts et donner les moyens humains et logistiques à l’ONF pour cela. Faire en sorte qu’il y ait une véritable politique européenne de prévention du risque incendie. Cela exige des politiques publiques ambitieuses et d’importants moyens ! 

Et il faut aussi jouer sur l’évolution de ces conditions climatiques, tout faire pour limiter autant que possible ce peut le réchauffement climatique. Les propositions des spécialistes du GIEC doivent être entendues et prises en compte ! Tout doit être fait au niveau des politiques publiques pour limiter le réchauffement climatique et cela passe bien entendu par la restriction des avions, de la circulation routière, par des modes de transports propres et alternatifs au tout véhicule automobile. Il faut réorienter nos industries vers des industries propres, cela est possible ! 

4. Au-delà des politiques publiques, quelle responsabilité les citoyens, les collectivités locales et les responsables politiques doivent-ils assumer face au dérèglement climatique ? Et pensez-vous que l’Europe agit encore suffisamment vite pour éviter que ces phénomènes ne deviennent incontrôlables ?

La première responsabilité des citoyens est de favoriser les énergies douces, les transports en commun et d’être vigilants face aux risques d’incendie. Il est déjà inacceptable, en temps normal, de voir des citoyens jeter des mégots encore incandescents dans la nature. Cela devient criminel en période de canicule ! Et cela se voit partout en France comme en Europe, dans le sud de la France comme en Italie, en Grèce ou en Espagne. Des campagnes de sensibilisation devraient être menées dans les écoles mais aussi à destination de toutes et tous. Les responsables politiques et les collectivités publiques doivent s’engager dans cette démarche.


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