Pour les communautés du Sud-Est et du Midwest des États-Unis, frappées par une série hors norme de tornades ces 10 et 11 décembre 2021, l’évaluation des dégâts prendra un certain temps. Les opérations de nettoyage prendront, elles, des mois… voire des années.
Tornades aux États-Unis : le casse-tête du nettoyage post-catastrophe

La gestion d’énormes quantités de débris et de déchets constitue l’un des principaux défis que doivent relever les collectivités à la suite d’une catastrophe naturelle. Souvent, cette tâche dépasse les capacités des gestionnaires de déchets locaux, laissant les détritus intacts pendant des semaines, des mois, des années.

En novembre 2018, l’incendie de forêt le plus destructeur et le plus coûteux de l’histoire de la Californie, le Camp Fire, fait 85 victimes et détruit près de 19 000 structures. Un an plus tard, les équipes étaient encore en train de ramasser et de transporter des tas de bois, de métaux, d’appareils électroménagers, de terre contaminée, de produits chimiques ménagers toxiques et d’autres débris et déchets totalisant plus de 3,2 millions de tonnes courtes… soit à peu près le poids de 2 millions de voitures.

L’ouragan Michael, qui a frappé la Floride en octobre 2018, a laissé de son côté environ 13 millions de mètres cubes de débris. Pour visualiser à quoi cela ressemble, imaginez un amoncellement de 13 millions de boîtes, chacune de la taille d’un sèche-linge. Plus d’un an après, les équipes étaient toujours en train d’enlever les déchets.

En tant que spécialiste de l’ingénierie urbaine, de la gestion et de la planification des catastrophes et de la gestion des déchets, nous considérons qu’il s’agit d’un problème essentiel et insuffisamment étudié.

Les catastrophes vont continuer à se produire et les pertes qu’elles occasionnent vont continuer à augmenter en raison du changement climatique, de la croissance démographique, de l’urbanisation, de la déforestation et du vieillissement des infrastructures.

Nos sociétés ont aujourd’hui un besoin urgent de meilleures stratégies pour traiter les montagnes de déchets que ces événements laissent derrière eux.

Une quantité incroyable de débris

Les catastrophes naturelles liées au climat – inondations, glissements de terrain, tempêtes, incendies de forêt, vagues de chaleur et de froid extrêmes – touchent des millions de personnes dans le monde. Ces événements se sont multipliés au fil du temps, en particulier au cours des dernières décennies, tout comme les pertes qu’ils occasionnent.

En 2020, les États-Unis ont ainsi connu un nombre record de 22 catastrophes naturelles, ayant chacune causé au moins un milliard de dollars de dommages. Pour 2021, leur nombre s’élève à 18 événements de ce type si on arrête la comptabilité début octobre. L’épidémie de tornades de la mi-décembre viendra sans aucun doute s’y ajouter.

De janvier à septembre 2021, dix-huit catastrophes météorologiques et climatiques ont frappé les États-Unis, entraînant pour chacune des coûts évalués à un milliard de dollars. NOAA

Les catastrophes produisent généralement des milliers, voire des millions de tonnes de débris lors d’un seul événement. Par exemple, les déchets provenant d’ouragans comprennent de la végétation, comme des arbres et des arbustes ; des déchets solides municipaux, comme des ordures ménagères ; des matériaux de construction et de démolition ; des véhicules ; et des produits ménagers dangereux, comme des peintures, des produits de nettoyage, des pesticides et des produits chimiques pour piscines.

Les débris des incendies de forêt sont en grande partie constitués de cendres, de sols contaminés, de métal et de béton, ainsi que d’autres débris structurels et de produits ménagers dangereux – peintures, produits de nettoyage, solvants, huiles, batteries, herbicides, pesticides…

L’exemple de la gestion post-Katrina

Le ramassage et le nettoyage des débris après une catastrophe représentent un processus lent, coûteux et dangereux.

Tout d’abord, les équipes doivent évacuer les débris des routes utilisées pour les opérations de sauvetage. Elles déplacent ensuite ces matériaux vers des zones de stockage temporaire. Il n’existe aujourd’hui aucun moyen de trier ou de stocker facilement les matières dangereuses ; celles-ci restent donc mélangées à la masse des autres débris. Cela pose des problèmes majeurs pour la réutilisation et le recyclage des déchets post-catastrophe.

Au-delà des risques directs pour la santé et la sécurité, les débris menacent également l’environnement. Ils peuvent émettre des polluants atmosphériques et contaminer les eaux souterraines, les eaux de surface et le sol. Les débris et les déchets non collectés peuvent en outre entraver les opérations de sauvetage et de récupération et ralentir les efforts de reconstruction.

Lorsque l’ouragan Katrina a inondé La Nouvelle-Orléans en 2005, il a laissé derrière lui quelque 75 millions de mètres cubes de déchets qui ont entravé et ralenti les efforts de reconstruction. Les débris comprenaient près de 900 000 produits « blancs » (comme des réfrigérateurs), 350 000 voitures et plus de 16 000 tonnes de viande pourrie. Les coûts de nettoyage ont été estimés à environ 4 milliards de dollars.

Le recyclage comme horizon

Lors d’un atelier réunissant des spécialistes qui s’est tenu en 2019, nous avons identifié les étapes clés pour gérer durablement les débris et déchets de catastrophes.

Selon nous, ces tâches essentielles se résument ainsi :

  • identifier ce que contiennent les déchets ;
  • trouver de meilleures approches pour leur recyclage et leur réutilisation ;
  • concevoir de nouvelles technologies pour identifier les composants dangereux et trier les différents types de déchets ;
  • développer des marchés pour promouvoir la réutilisation et le recyclage.

Aujourd’hui, les responsables publics et les planificateurs en savent en effet peu sur la quantité et les types de matériaux générés lors d’événements extrêmes : ce qu’ils contiennent, dans quelles proportions, s’ils sont gros et triables ou fins et mélangés, quelle quantité peut être réutilisée ou recyclée, etc.

Le développement de nouvelles technologies et d’approches de gestion pouvant faciliter la caractérisation, la réutilisation et le recyclage de ces débris doit devenir une priorité absolue.

Les drones et les technologies de détection autonomes peuvent par exemple être combinés à l’intelligence artificielle pour estimer les quantités et la qualité des débris, les types de matériaux qu’ils contiennent et la manière dont ils peuvent être rapidement réutilisés. Les technologies qui permettent un tri et une séparation rapides des matériaux mélangés peuvent également accélérer les opérations de gestion des débris.

Une autre manière d’aborder le problème pourra consister à créer de nouveaux matériaux de construction durables – tout particulièrement dans les zones exposées aux catastrophes – pour faciliter la réutilisation des débris.

Enfin, de nouvelles approches commerciales pourront contribuer à créer une demande et un accès aux déchets et aux produits recyclés. Avec un tri approprié, certains matériaux issus de catastrophes peuvent être utilisés pour fabriquer de nouveaux produits ou matériaux. On pense ici aux arbres entiers qui ont été abattus et peuvent devenir des ressources pour les fabricants de meubles.

Aujourd’hui, la possibilité de faire correspondre des matériaux post-catastrophe à une potentielle demande est trop souvent gâchée.

Source: theconversation.com

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