Pollution

06 Apr 2026

Retour sur la Lune, au prix de la Terre ?

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Brigitte Angelini

Militante écologiste

La mission Artemis II de la NASA constitue une étape majeure dans les vols habités vers la Lune, mais des experts en environnement appellent à la prudence.

La mission Artemis II de la NASA constitue une étape majeure dans les vols habités vers la Lune, mais des experts en environnement appellent à la prudence. Ils avertissent que les gaz d’échappement des fusées injecteront dans l’atmosphère des substances qui détruisent la couche d’ozone ainsi que des particules contribuant à l’effet de serre. Par ailleurs, la poussière lunaire et les émissions pourraient contaminer de manière irréversible les dépôts de glace polaire et des sites scientifiques fragiles. Les critiques estiment que les ambitions spatiales de la NASA risquent de détourner l’attention des crises écologiques urgentes sur Terre.

Les lancements de fusées nuisent à l’atmosphère terrestre

Chaque lancement du programme Artemis utilise des fusées puissantes dont les émissions atteignent la stratosphère. Une étude publiée en 2025 dans Nature a montré que « les émissions des fusées amincissent la couche d’ozone stratosphérique » et que, si la fréquence des lancements continue d’augmenter, cela pourrait ralentir de manière mesurable sa reconstitution. Dans des scénarios de forte croissance (des milliers de lancements par an d’ici 2030), le niveau global d’ozone pourrait diminuer d’environ 0,2 à 0,3 %.

Le principal responsable est l’utilisation de propulseurs à combustible solide (comme ceux de la fusée SLS de la NASA), qui émettent du chlore, un gaz connu pour détruire l’ozone. À l’inverse, le carburant à hydrogène du SLS produit surtout de la vapeur d’eau, qui reste néanmoins un gaz à effet de serre. Les fusées émettent aussi de la suie et du CO₂ : un lancement moderne produirait entre 200 et 300 tonnes de CO₂, ainsi que des quantités significatives de carbone noir.

Même si ces chiffres restent faibles comparés à l’aviation actuelle, le secteur spatial est en pleine expansion et ses émissions dans la haute atmosphère s’accumulent. Les fusées émettent proportionnellement plus de particules réchauffantes que les avions, et les étages à combustible solide libèrent du chlore qui accélère la destruction de l’ozone. Sans changement de politique, l’augmentation des lancements pourrait retarder la réparation de la couche d’ozone. En somme, même quelques missions de type Artemis contribuent à des risques atmosphériques à long terme.

Contamination lunaire et protection planétaire

Au-delà de la Terre, l’orbite d’Artemis II et les futurs alunissages soulèvent des inquiétudes quant à la pollution de la Lune elle-même. L’environnement lunaire est extrêmement fragile : en l’absence d’atmosphère, les gaz d’échappement et la poussière peuvent se disperser sur de grandes distances.

Une étude financée par l’ESA a montré que les émissions de méthane d’un seul atterrisseur pourraient atteindre les pôles en quelques jours, contaminant des zones jusque-là intactes. Dans les cratères polaires froids, où pourraient se trouver des glaces anciennes et des composés organiques, cette contamination pourrait rester piégée pendant des millions d’années. Des experts en protection planétaire préviennent que cette pollution « pourrait entraver l’exploration scientifique » de la Lune.

De même, les communications radio des orbiteurs ou satellites Artemis pourraient perturber la face cachée de la Lune, un lieu privilégié pour l’astronomie radio. Les astronomes appellent à la prudence : « nous devons être extrêmement prudents quant à l’endroit où nous installons nos mines et nos bases », souligne le professeur Richard Green, rappelant que seuls quelques dizaines de sites lunaires sont scientifiquement inestimables (cratères en permanence à l’ombre, zones radio-silencieuses).

La NASA a bien pris en compte ces enjeux : un rapport de 2023 évoque la nécessité d’une « durabilité des activités sur la Lune » et d’une évaluation des impacts environnementaux des activités spatiales sur Terre. Toutefois, les critiques jugent ces mesures encore trop générales et peu contraignantes.

Risques liés à l’exploitation des ressources

Le programme Artemis prévoit explicitement l’exploitation des ressources lunaires : glace d’eau pour produire du carburant, minéraux pour construire des bases, et même hélium-3 comme source potentielle d’énergie.

Le programme CLPS (Commercial Lunar Payload Services) a déjà financé de nombreuses missions robotiques pour explorer ces ressources. Mais de nombreux experts restent sceptiques. Un rapport récent du Guardian avertit qu’« une ruée incontrôlée vers l’exploitation de la Lune pourrait causer des dommages irréparables à des sites scientifiques précieux ».

L’hélium-3, souvent présenté comme une solution énergétique, reste très hypothétique. Certains journalistes dénoncent des « fantasmes d’énergie infinie », estimant que considérer la Lune comme une solution de secours détourne des limites réelles de la Terre.

En pratique, toute activité minière perturbera des environnements encore très mal connus. Certains indices suggèrent que des micro-organismes ou des composés volatils pourraient exister dans les zones ombragées. Les traités actuels interdisent les revendications territoriales nationales, mais pas l’exploitation privée, ce qui pousse les défenseurs de l’environnement à réclamer de nouvelles règles strictes.

Vers une exploration spatiale plus responsable ?

Les experts appellent à revoir les priorités. Selon eux, chercher des solutions dans l’espace sans réduire la pollution terrestre revient à repousser le problème climatique.

Parmi les solutions proposées :

  • développer des technologies de lancement plus propres,
  • renforcer les évaluations environnementales,
  • créer un cadre juridique international pour protéger l’environnement lunaire.

La communauté scientifique milite déjà pour la création de zones protégées sur la Lune, notamment autour des régions polaires et des sites d’observation. La NASA a lancé des discussions sur l’éthique spatiale, et des groupes internationaux travaillent à l’élaboration de nouvelles règles.

Mais beaucoup reste à faire avant que le programme Artemis puisse être considéré comme véritablement durable.


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